Au Grand Palais, la dernière métamorphose de Matisse se déploie en grand
Au Grand Palais, la dernière métamorphose de Matisse se déploie en grand

Avec Matisse, 1941-1954, le Grand Palais s’attache à une période décisive et longtemps moins isolée pour elle-même : celle des treize dernières années de création du peintre, après la grave opération qui faillit lui coûter la vie en 1941. L’exposition montre comment, affaibli physiquement mais porté par un élan neuf, Henri Matisse entre alors dans une phase de production d’une densité exceptionnelle, où se croisent peintures, dessins, livres illustrés, vitraux, textiles et surtout gouaches découpées.

Une fin de vie transformée en laboratoire créatif

Cette séquence tardive n’a rien d’un simple épilogue. Elle apparaît au contraire comme un moment de synthèse, de radicalisation et d’invention. Plus de 300 œuvres sont réunies, dont plusieurs rarement montrées en France, pour suivre un artiste qui change sa manière de travailler sans renoncer à ses obsessions : la couleur, l’espace, la lumière, la forme. L’exposition insiste ainsi sur le rôle central de l’atelier, devenu un espace vivant, mouvant, où les papiers découpés épinglés aux murs dialoguent avec les toiles, les dessins et les projets monumentaux.

L’un des grands fils conducteurs du parcours est l’émergence des fameuses gouaches découpées. Nées d’abord comme un outil de travail, elles finissent par s’émanciper pour devenir un langage à part entière. Des ensembles liés à Jazz, publié en 1947, aux grands panneaux de la maturité, on voit Matisse “dessiner dans la couleur”, avec une liberté inédite. Cette technique lui permet d’agrandir l’échelle de ses compositions tout en simplifiant le geste, jusqu’à des œuvres devenues emblématiques comme La Tristesse du roi, L’Escargot ou la série des Nus bleus.

Peinture, chapelle, vitraux : l’ampleur d’une “deuxième vie”

L’exposition rappelle aussi que cette “deuxième vie” ne se résume pas aux papiers découpés. Matisse continue de peindre abondamment dans les années 1940, notamment avec les Intérieurs de Vence, où les aplats colorés et les tensions de l’espace atteignent une intensité singulière. Ces toiles montrent qu’il ne cesse pas d’explorer la peinture, même lorsqu’il invente d’autres voies. L’enjeu n’est pas le remplacement d’une technique par une autre, mais l’élargissement d’un vocabulaire plastique devenu de plus en plus libre.

Le parcours met enfin en valeur son ambition monumentale à travers les projets décoratifs, les cartons de vitraux et les éléments liés à la chapelle du Rosaire de Vence, à laquelle il se consacre de 1948 à 1951. C’est là que se mesure pleinement la portée de cette dernière période : Matisse ne pense plus seulement en tableaux, mais en ensembles, en murs, en lumière, en circulation du regard. Le Grand Palais montre ainsi un artiste vieillissant qui ne se replie pas sur son œuvre passée, mais pousse plus loin encore sa recherche, jusqu’à faire de ses dernières années l’un des moments les plus audacieux de tout son parcours.

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