C’est un petit événement dans le milieu du PAF. Ce lundi à 18h00, une nouvelle venue fait son entrée sur la TNT : NOVO19, lancée par le groupe Sipa Ouest-France, premier groupe de presse francophone. Avec l’ambition affichée de «donner la parole aux territoires et de devenir rentable d’ici quelques années, la chaîne espère se démarquer dans un paysage télévisuel saturé et concurrentiel. Mais cette arrivée soulève déjà des interrogations : entre grilles de rediffusions, talk-shows et JT courts, NOVO19 peut-elle réellement s’imposer durablement ?
Un lancement «historique» pour Ouest-France
Pour François-Xavier Lefranc, président du directoire d’Ouest-France, ce lancement représente une étape symbolique. Dans un entretien à l’AFP, il n’hésite pas à qualifier ce moment d’«historique» pour le journal, diffusé chaque jour à près de 600.000 exemplaires. Selon lui, l’investissement était nécessaire : il engage le groupe dans l’univers de la télévision mais aussi du streaming, deux terrains sur lesquels Ouest-France doit être présent «avec des contenus de qualité».
La chaîne se singularise déjà par son implantation : elle est la seule de la TNT à être installée hors de Paris, avec un siège basé à Rennes. Ce choix géographique n’est pas anodin et illustre la volonté du groupe de se placer au plus près des réalités régionales.
Une grille entre JT rennais et talk-show parisien
Le cœur de la programmation repose sur un double rendez-vous quotidien en semaine. À 18h10, les téléspectateurs découvriront un journal télévisé de 15 minutes, en direct de Rennes et présenté par Martin Cangelosi, ancien journaliste de BFMTV et d’i-Télé. L’animateur explique vouloir proposer un ton plus «décentré», plus proche des téléspectateurs, et développer un «journalisme de solutions» loin des formats traditionnels des grandes chaînes.
À 18h25, l’antenne bascule vers Paris avec un talk-show animé par Claire Arnoux, ancienne figure de BeIn Sports, entourée de chroniqueurs expérimentés dont Claude Askolovitch, passé par France Inter. L’idée est de mêler actualité, débats et analyses dans un format accessible, tout en conservant la promesse de proximité avec le public.
Un média pensé pour représenter les Français
Pour Guénaëlle Troly, directrice de NOVO19 et cheffe d’orchestre de ce projet après avoir piloté le lancement de RMC Découverte, le leitmotiv est clair : représenter les Français dans leur diversité. Elle rappelle que selon une étude récente, 83 % des citoyens estiment ne pas être représentés dans les médias. NOVO19 ambitionne de combler ce vide en mettant en avant la parole locale, en partant du terrain pour remonter vers l’actualité nationale, plutôt que l’inverse.
Céline Monsallier, directrice de la rédaction, insiste sur ce choix éditorial. À la tête d’une équipe de huit journalistes, elle explique vouloir donner la parole «à ceux qu’on ne voit pas» et éviter les formats convenus. Selon elle, l’objectif est de sentir l’actualité qui vient des territoires, comme cela avait été le cas avec le mouvement des gilets jaunes, et non plus d’imposer une lecture parisienne de l’actualité nationale.
« Changer d’échelle et de vision »
Sur le plan économique, NOVO19 s’inscrit dans la stratégie vidéo d’Ouest-France. Fabrice Bakhouche, directeur général du groupe Sipa Ouest-France, estime que cette nouvelle offre doit permettre de «changer d’échelle», de «changer de division» et de multiplier par dix à quinze les revenus issus de la vidéo. La direction table sur un équilibre financier dans un délai de trois à quatre ans et espère capter 2% d’audience sur la cible stratégique des 25-49 ans.
Du réchauffé en attendant des programmes originaux à partir de 2026
Si les premiers mois s’appuient sur des JT, des talk-shows et des rediffusions pour assurer la continuité d’antenne, trois formats originaux sont déjà annoncés pour 2026. Le public assistera au retour de l’émission culte de TF1, Vis ma vie, à l’adaptation française du programme britannique Cash in the Attic, centré sur l’expertise d’objets domestiques, et à une version française de l’émission belge Radio Gaga, où des animateurs installent un studio de radio éphémère dans des lieux de vie pour donner la parole aux habitants.
Un contexte télévisuel en recomposition
Le lancement de NOVO19 intervient dans un paysage audiovisuel en pleine recomposition, après la disparition scandaleuse de C8 et NRJ12 début 2025, non reconduites par l’Arcom. Le groupe Ouest-France avait déjà pris position sur la TNT avec le lancement de T18 en juin dernier, et confirme son ambition de devenir un acteur audiovisuel majeur.
Comme la plupart des chaînes, NOVO19 aura recours aux rediffusions pour assurer un flux continu 24h/24. François-Xavier Lefranc balaie les critiques en affirmant que «toutes les chaînes rediffusent» et qu’une rediffusion ne signifie pas nécessairement une baisse de qualité. Libre à chacun de le croire…
NOVO19, une chaîne « des territoires » sous haute surveillance
Avec ce lancement, Ouest-France fait le pari d’une télévision différente, portée par une promesse de proximité et une ligne éditoriale centrée sur les réalités locales. Mais le défi reste immense : attirer un public volatile, faire émerger une identité forte face à des mastodontes déjà en place, et tenir la promesse d’une rentabilité rapide.
Pour Guénaëlle Troly et son équipe, le cap est fixé : construire une télévision qui ressemble à la France d’aujourd’hui, dans toute sa diversité. Reste à savoir si NOVO19 saura trouver sa place dans un univers télévisuel très concurrentiel…