C’est une déclaration qui résonne comme un coup de tonnerre dans le paysage audiovisuel. Invité de l’emisison Les Incorrectibles animée par Eric Morillot, Charles Alloncle, député UDR et rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, a affirmé que Nagui serait, sur les dix dernières années, la personnalité qui s’est le plus enrichie grâce à l’argent public. Une mise en cause directe, frontale, qui vise l’un des piliers historiques de France Télévisions, animateur star mais aussi producteur omniprésent, installé au cœur de l’audiovisuel public .
Le constat du rapporteur s’appuie sur une réalité bien connue des professionnels des médias : les jeux télévisés constituent les formats les plus rentables du marché. Peu coûteux à produire à long terme, enregistrables en série, faiblement exposés aux aléas de l’actualité, ils génèrent des marges élevées et durables. Or, France 2 diffuse jusqu’à sept jeux par jour, dont une large partie est produite par les sociétés de Nagui, qui cumule les rôles d’animateur, de producteur et de fournisseur quasi incontournable du service public.
Le militantisme sur fonds publics, angle mort du débat
Ce qui choque Charles Alloncle dépasse toutefois la seule question financière. Nagui ne se contente pas d’occuper l’antenne : il revendique ouvertement ses engagements idéologiques. « Les extrêmes n’auront jamais ma voix, ni mon silence », déclarait-il récemment, assumant refuser de serrer la main de certains responsables politiques. Un positionnement militant, revendiqué comme une vertu morale, mais qui interroge frontalement lorsqu’il émane d’un animateur-producteur massivement financé par l’impôt, au sein d’un service public légalement tenu à l’impartialité et au pluralisme.
Le rapporteur pointe ainsi une contradiction majeure : celui qui se pose en vigie morale, en conscience éclairée face aux Français, est aussi l’un des principaux bénéficiaires du système qu’il commente. Jeux omniprésents, contrats multiples, clauses avantageuses encore à éclaircir : la commission d’enquête entend désormais obtenir les chiffres précis, les marges réelles et les engagements contractuels liant France Télévisions aux sociétés de Nagui.
Le député Charles Alloncle assume une démarche à charge, mais méthodique. Il ne s’agit pas, insiste-t-il, d’un procès idéologique, mais d’un contrôle de l’utilisation des 4 milliards d’euros d’argent public alloués chaque année à l’audiovisuel public. Dans cette perspective, le cas Nagui apparaît moins comme une exception que comme le symbole d’un modèle arrivé à maturité, voire à saturation, où le service public semble parfois davantage servir des rentes installées que l’intérêt général qu’il est censé incarner.