Laurent Delahousse entendu à son tour à l'Assemblée: "L'audience n'est pas la priorité." (LCP)
Laurent Delahousse entendu à son tour à l’Assemblée: « L’audience n’est pas la priorité. » (LCP)

Entendu ce lundi après-midi par des parlementaires dans le cadre d’une audition consacrée au fonctionnement de l’audiovisuel public, Laurent Delahousse a longuement défendu sa vision du journalisme de service public. Le présentateur du 20 heures de France 2 le week-end a mis en avant une mission qu’il juge différente de celle des chaînes privées, insistant sur la liberté éditoriale et la responsabilité envers les citoyens plutôt que sur la seule performance d’audience.

En ouverture, le journaliste a souligné l’attachement du public à France Télévisions, affirmant son « fier » engagement dans un travail collectif qu’il associe à une forme d’exigence et d’indépendance. Selon lui, le service public lui a permis « d’être libre, d’inventer » et de créer un lien durable avec les Français à travers ses journaux et magazines.

« L’audience n’est pas la priorité »

Au cœur des échanges, la question des audiences a occupé une place centrale. Interrogé sur l’écart entre les performances de France 2 et celles de TF1, malgré des moyens plus importants pour le service public, Laurent Delahousse a répondu sans détour : l’audience « n’est pas la priorité » et ne constitue pas « le socle » du travail éditorial. Il a défendu un journal conçu autrement, avec des formats plus longs, un traitement approfondi de certains sujets et une présence accrue de l’actualité internationale.

Il a néanmoins reconnu disposer « d’un budget important », tout en assurant que sa gestion faisait l’objet d’une grande vigilance. Évoquant les chiffres récents, il a rappelé que le journal rassemblait encore « quatre millions de téléspectateurs », soulignant qu’il s’agit d’un public massif à l’échelle du paysage audiovisuel actuel.

Le présentateur a par ailleurs salué la qualité du journal de TF1, parlant d’un « très bon journal », tout en revendiquant pour France 2 une « différence » et une « singularité » éditoriales.

Une opposition public-privé ancrée dans l’histoire

La comparaison entre TF1 et France 2 a également été replacée dans une perspective historique par la rédaction. La privatisation de TF1 en 1986 aurait profondément modifié les équilibres, la chaîne privée bénéficiant alors d’une liberté éditoriale élargie et d’une position dominante dans les habitudes de réception. À l’inverse, la deuxième chaîne, devenue France 2, aurait conservé dans l’imaginaire collectif un statut de challenger. Dans ce contexte, la logique de compétition frontale sur les audiences ne serait pas considérée comme un objectif central pour le service public.

Questionné sur l’idée que les journaux télévisés attireraient des publics politiquement différenciés, TF1 étant parfois associé à un électorat plus à droite et France 2 à un public plus à gauche, Laurent Delahousse a indiqué ne pas tenir compte de ce type d’analyse. Il a affirmé ne pas s’intéresser aux profils sociologiques ou politiques des téléspectateurs, estimant que cette approche ne guide pas la fabrication de ses journaux.

Un démenti face aux accusations

Des témoignages évoquant des tensions en conférence de rédaction, voire des « crises de colère », ont été mentionnés au cours de l’audition. Le présentateur a déclaré n’avoir « jamais été témoin de ce genre de toxicité », ni de situations d’humiliation ou de violence. Son rédacteur en chef a abondé dans le même sens, estimant que de tels faits seraient rapidement connus s’ils existaient.

La question des rémunérations évoquées

Interrogé sur sa situation contractuelle, Laurent Delahousse a expliqué être employé à temps partiel, conformément à la grille salariale en vigueur. Il a précisé que France Télévisions lui avait accordé la possibilité de développer une activité de production de documentaires, à condition qu’elle reste indépendante de ses fonctions de présentation. Selon ses déclarations, il n’y a « pas de cumul de rémunération pour un même programme ». Il a ajouté que l’ensemble de ses revenus était soumis à un contrôle régulier du contrôleur d’État.

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