La fin du “Late Show” de Colbert enflamme les soupçons de pressions politiquesLa fin du “Late Show” de Colbert enflamme les soupçons de pressions politiques
La fin du “Late Show” de Colbert enflamme les soupçons de pressions politiques

L’annonce de l’arrêt du talk-show emblématique de Stephen Colbert sur CBS en mai 2026 a provoqué un tollé. Derrière ce que la chaîne présente comme une décision économique, certains dénoncent des motivations politiques liées à Donald Trump et à la future fusion de Paramount.

Une fin brutale pour un pilier des soirées américaines

Le “Late Show with Stephen Colbert”, l’un des derniers grands talk-shows américains encore en ondes, tirera sa révérence l’an prochain après onze saisons sur CBS. C’est l’animateur lui-même qui a annoncé la nouvelle jeudi soir, sur le plateau new-yorkais de l’émission, devant un public stupéfait. « L’année prochaine sera notre dernière saison », a-t-il déclaré. « Ce n’est pas juste la fin de notre show, c’est la fin du Late Show. Il n’y aura pas de remplaçant, tout s’arrête. »

Depuis son arrivée à la tête de l’émission en 2015, Stephen Colbert s’était imposé comme l’un des visages les plus influents du paysage télévisuel nocturne, rassemblant plus de 2,4 millions de téléspectateurs en moyenne début 2025. CBS justifie la fin du programme par des « raisons strictement financières », évoquant un désengagement global du public vis-à-vis des formats de fin de soirée, de plus en plus concurrencés par les plateformes de streaming.

Des accusations de censure après des critiques contre Trump

Mais pour de nombreux observateurs, cette explication ne tient pas. Plusieurs figures politiques et acteurs de l’industrie soupçonnent une manœuvre politique, notamment en lien avec un accord controversé entre Paramount, maison mère de CBS, et Donald Trump. Début juillet, le groupe a versé 16 millions de dollars à l’ex-président pour clore un litige sur une interview modifiée, somme que Stephen Colbert avait qualifiée de « gros pot-de-vin » dans son émission du lundi.

Moins de 72 heures plus tard, la suppression de l’émission était annoncée. « CBS a annulé Colbert seulement trois jours après ses critiques contre Paramount », a rappelé sur X la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, dénonçant un acte de censure. Le sénateur Adam Schiff a lui aussi réclamé des éclaircissements, soulignant qu’il venait d’être invité sur le plateau lors de l’annonce.

Derrière ces soupçons : la volonté affichée de Paramount de fusionner avec la société de production Skydance, un projet évalué à 28 milliards de dollars et qui dépend de l’approbation de la Federal Communications Commission (FCC). Or, le président de cet organisme, Brendan Carr, a été nommé par Donald Trump et avait déclaré en 2024 que la plainte de ce dernier contre CBS serait un élément pris en compte dans la décision.

Le syndicat des scénaristes américains a demandé l’ouverture d’une enquête par la procureure de New York sur « de possibles malversations » de Paramount, estimant que le groupe aurait sacrifié l’émission de Colbert pour s’attirer les bonnes grâces de la Maison-Blanche. « Si cette annulation est un pot-de-vin politique, le public mérite de le savoir », a déclaré le syndicat vendredi.

CBS, pour sa part, continue d’assurer qu’il ne s’agit que d’une décision économique, sans lien avec « les performances de l’émission, son contenu ou la fusion en cours ». Pourtant, le départ de Colbert et la disparition de la franchise Late Show, lancée en 1993 par David Letterman, marquent un tournant historique et soulèvent de vives inquiétudes sur l’indépendance des médias face aux enjeux politiques.

Partager