Diffusé jeudi dans le journal de 20 heures de France 2, l’entretien de Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe, mené par Léa Salamé a provoqué une polémique politique, diplomatique et médiatique. Ce vendredi, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a regretté que son homologue russe ait « pu dérouler tranquillement sa propagande », tandis que plusieurs spécialistes de géopolitique et l’ambassadeur d’Ukraine en France ont dénoncé un échange jugé trop conciliant.
Jean-Noël Barrot recadre publiquement Sergueï Lavrov
À l’issue d’une réunion du G7 près de Paris, Jean-Noël Barrot a répondu point par point aux déclarations du chef de la diplomatie russe. Le ministre français a accusé Moscou d’avoir déclenché une guerre d’agression contre l’Ukraine et d’y avoir commis des crimes de guerre documentés, avant d’ajouter que « répéter des mensonges à une heure de grande écoute n’en fait pas des vérités ». Il a aussi affirmé vouloir porter la contradiction à Sergueï Lavrov au lendemain de son passage au 20 heures de France 2.
Une interview enregistrée à distance, diffusée au 20 heures puis mise en ligne en version longue
L’entretien avait été annoncé par France Télévisions comme une interview exclusive de Sergueï Lavrov, avec une version intégrale disponible en ligne. Réalisée à distance avec le ministre russe depuis Moscou et enregistrée à l’avance, la séquence a donné lieu à environ dix minutes diffusées dans le JT de France 2, tandis qu’une version longue d’une heure a été mise en ligne en complément. L’extrait diffusé au 20 heures a réuni 3,4 millions de téléspectateurs.
Kiev et plusieurs spécialistes dénoncent une tribune offerte au Kremlin
La réaction ukrainienne a été immédiate. Sur X, l’ambassadeur d’Ukraine en France, Vadym Omelchenko, s’est demandé « à quoi bon offrir une tribune à un fasciste ordinaire et à un criminel de guerre ? ». Dans le même temps, de nombreux observateurs ont critiqué une interview qu’ils estiment insuffisamment contradictoire. Ont été mis en cause l’utilité journalistique et l’absence de relances plus appuyées sur Boutcha, Marioupol, Izioum ou d’autres crimes imputés à la Russie en Ukraine.
La SDJ de France Télévisions défend Léa Salamé
Face à cette vague de critiques, la Société des journalistes de France Télévisions a pris la défense de la journaliste. Son président, Valéry Lerouge, a estimé que Léa Salamé avait placé Sergueï Lavrov « devant les faits », en évoquant les frappes contre des « écoles » et des « hôpitaux », ainsi que les « milliers de civils ukrainiens morts dans cette guerre ». Il a ajouté qu’« elle lui a dit que nous en avons les preuves sur le terrain ».
France Télévisions invoque l’intérêt journalistique et des conditions techniques difficiles
Dans un premier temps, la direction de France Télévisions n’avait pas réagi immédiatement. Le groupe public a ensuite défendu l’intérêt journalistique de l’entretien. Philippe Corbé, directeur de l’information de France Télévisions, a assuré que l’échange n’était « absolument pas complaisant », tandis que le groupe a expliqué, dans un texte de transparence relayé par plusieurs médias, que le dispositif à distance, la traduction et le fait que Sergueï Lavrov retirait par moments son oreillette avaient compliqué les relances. France Télévisions a également fait valoir que l’interview intégrale avait été rendue publique dans une logique de transparence, dans un contexte où Moscou reste, selon le groupe, un acteur important sur les dossiers internationaux du moment.