C’est une annonce qui, il y a encore quelques années, aurait relevé de la science-fiction. Désormais, c’est une simple ligne dans une salle d’audience de Washington : si la justice américaine contraint Google à céder Chrome, OpenAI est sur les rangs. L’IA ne se contente plus de générer du texte, elle lorgne désormais sur le contrôle du web. Lors d’une audience décisive dans le procès antitrust visant Google, Nick Turley, responsable produit chez OpenAI, a déclaré que la start-up se tenait prête à racheter Chrome si le juge fédéral Amit Mehta exigeait sa cession. L’idée peut sembler saugrenue, mais elle s’inscrit dans une bataille bien réelle : celle de l’accès aux données, nerf de la guerre dans l’intelligence artificielle. Google, accusé d’abus de position dominante pour ses accords d’exclusivité sur les smartphones et la place privilégiée de son moteur dans Chrome, fait face à une demande radicale : céder son navigateur. Propriété d’Alphabet, Chrome est aujourd’hui la porte d’entrée du web pour plus de trois milliards d’utilisateurs. Sa valeur, estimée à 15 milliards de dollars par certains analystes, repose sur un avantage stratégique majeur : le moteur de recherche Google y est installé par défaut, garantissant un flux d’utilisateurs continu.
OpenAI veut son super assistant, et vite
Ce qui intéresse OpenAI ? La perspective d’intégrer son IA générative à un navigateur de masse. L’entreprise, soutenue par Microsoft, rêve d’un assistant universel, capable d’accompagner l’utilisateur dans toutes ses tâches, de la recherche d’informations à la planification de voyage. Mais pour rivaliser avec Google, encore faut-il accéder à des données fiables, fraîches, massives. OpenAI a tenté une approche directe auprès du géant de la Silicon Valley pour intégrer sa technologie dans ChatGPT. Refus poli de Google. En attendant, ChatGPT continue de puiser ses informations via Bing, propriété de Microsoft. Un pis-aller selon Turley, qui évoque des « problèmes de qualité importants » sans citer explicitement son partenaire. Un euphémisme qui en dit long sur la frustration de la jeune pousse.
Google en contre-offensive avec Gemini
Le géant californien ne reste pas les bras croisés. Pour éviter que ses concurrents n’aspirent la valeur ajoutée de ses recherches, Google a injecté sa propre IA, Gemini, dans son moteur. Résultat : pour chaque requête, une synthèse générée par IA apparaît désormais avant les liens classiques. Baptisée AI Overview, cette interface est déjà en service aux États-Unis et commence à s’étendre à l’Europe, notamment en Allemagne, Italie et Suisse. Face à ces nouveaux usages, le procès antitrust devient un champ de bataille idéologique autant qu’économique. Peut-on démanteler un empire numérique sans en créer un autre ? OpenAI, encore perçue il y a peu comme un laboratoire alternatif, endosse aujourd’hui le rôle d’un aspirant géant. Une startup affamée de parts de marché. Si la justice tranche en faveur d’une vente de Chrome, la page du web pourrait bien se tourner à l’avantage de l’intelligence artificielle.