Le gouvernement a finalement choisi de faire machine arrière. Dans la loi de finances pour 2026, le malus au poids qui devait frapper les SUV électriques les plus lourds disparaît purement et simplement, tandis que le durcissement du dispositif visant les véhicules thermiques est repoussé après 2027. Un revirement largement salué par la filière automobile, qui y voit le résultat d’un lobbying intense mené ces derniers mois auprès des parlementaires.
Au cœur de cette mobilisation figure Mobilians, l’organisation professionnelle représentant les acteurs du commerce et de la réparation automobile. Son délégué général, Xavier Horent, s’est publiquement félicité de l’influence exercée lors des débats budgétaires, rappelant que l’association figurait parmi les structures les plus actives dans le dépôt d’amendements, selon les relevés de la plateforme Dixit. Dans ce classement informel, Mobilians côtoyait notamment la FNSEA, illustrant le poids du secteur automobile dans les arbitrages politiques récents.
Cette pression a trouvé un écho favorable dans un contexte économique déjà fragilisé. Le malus au poids pour les véhicules électriques, voté dans la loi de finances pour 2025, devait entrer en vigueur à compter du 1er juillet 2026. Il prévoyait une pénalité pour les modèles dépassant 2,1 tonnes, malgré un abattement de 600 kilogrammes destiné à tenir compte du poids des batteries. L’objectif affiché était de limiter la course à l’embonpoint des voitures, même électriques, mais la mesure a rapidement suscité de vives critiques au sein de la filière.
Une taxe jugée contradictoire avec la transition électrique
Aux yeux des professionnels, taxer les véhicules électriques les plus lourds revenait à fragiliser une transition pourtant encouragée par l’État lui-même. Les modèles d’entrée de gamme, comme la Citroën ë-C3 ou la Renault 5 électrique, restent bien en deçà du seuil envisagé. En revanche, certains SUV familiaux, à l’image du Peugeot E-3008, franchissent aisément la barre des 2,1 tonnes, même avec leur plus petite batterie. Pour les constructeurs, la sanction aurait mécaniquement renchéri ces véhicules, au risque de freiner leur diffusion auprès du grand public.
C’est cette incohérence que le gouvernement a finalement reconnu en supprimant le malus au poids pour les électriques dans le budget 2026. En toile de fond, l’exécutif a cherché à préserver une dynamique de marché jugée encourageante. Après deux années autour de 17 %, la part de marché des voitures électriques a atteint 20 % en 2025, avant de bondir à près de 28 % sur le premier mois de l’année suivante. Introduire une nouvelle taxe à ce moment précis aurait envoyé, selon plusieurs observateurs, un signal contradictoire aux ménages comme aux industriels.
Un secteur automobile malmené
Ce recul intervient alors que l’ensemble du marché automobile traverse une phase délicate. L’année 2025 s’est achevée sur un recul global de 5 % des ventes, et le début de 2026 n’a pas inversé la tendance, avec une baisse de plus de 6 % sur le seul mois de janvier. Dans ce contexte, la filière redoutait qu’un durcissement fiscal supplémentaire n’aggrave encore la situation, en particulier pour les segments les plus exposés aux variations de prix.
Le gouvernement a donc choisi une approche plus graduelle. Si les véhicules thermiques restent dans le viseur des politiques climatiques, le renforcement du malus les concernant est désormais gelé au-delà de 2027. Une pause qui laisse le temps aux constructeurs d’adapter leurs gammes et aux consommateurs d’intégrer les nouvelles contraintes. Pour les acteurs du secteur, cette décision marque surtout une reconnaissance implicite du rôle stratégique de l’automobile électrique dans la transition énergétique.
En renonçant au malus au poids pour les SUV électriques, l’exécutif a envoyé un message clair à la filière. L’électrification du parc automobile demeure une priorité, même si elle s’accompagne de compromis sur des objectifs initiaux de sobriété. Reste à savoir si cette inflexion sera durable ou si la question du poids des véhicules reviendra, à terme, sur la table législative.