Procès à Paris d’un ex-rebelle syrien : il se présente comme un « lanceur d’alerte »
Procès à Paris d’un ex-rebelle syrien : il se présente comme un « lanceur d’alerte »

Majdi Nema, ancien porte-parole du groupe rebelle salafiste Jaysh al-Islam (JAI), comparaît à Paris pour complicité de crimes de guerre, accusé d’avoir contribué au recrutement d’enfants et d’adolescents dans l’action armée entre 2013 et 2016. Mais à la barre, il adopte une posture inattendue : celle d’un homme en rupture avec son passé, affirmant avoir voulu dénoncer les dérives du groupe.

Une défense déroutante

Depuis l’ouverture du procès, Nema conteste en bloc les accusations. Il affirme n’avoir joué qu’un rôle médiatique depuis la Turquie et nie toute implication directe dans l’enrôlement de mineurs. Mais lundi, à la surprise générale, il déclare avoir collecté des preuves pour accuser JAI de crimes de guerre après sa démission en 2016 — une vidéo montrant des jeunes garçons dans une parade armée en serait l’un des éléments. Selon lui, cette tentative de plainte aurait échoué faute de volonté des autorités turques. La révélation désarçonne les parties civiles, d’autant qu’une vidéo similaire, montrant des enfants fabriquant des armes dans une usine, avait déjà été diffusée lors d’une précédente audience, sans réaction de sa part. Pressé de s’expliquer, l’accusé esquive, évoquant un contrat entre JAI et une usine civile.

Loyauté ambiguë et propos confus

Mais c’est lorsque l’avocat des parties civiles lui rappelle ses déclarations de loyauté envers JAI que la tension monte. Nema assume son soutien aux groupes rebelles, refusant la diabolisation de ceux qui, selon lui, ont lutté contre « le pire criminel de ce siècle », en référence à Bachar al-Assad. Lorsqu’on lui demande s’il considère JAI comme criminel, il élude à nouveau : « Toute cette affaire repose sur cette question-là ». Le procès, qui se poursuit devant la cour d’assises de Paris, soulève une question centrale : peut-on se revendiquer lanceur d’alerte après avoir été la voix d’un groupe accusé de crimes ? La réponse, elle, reste encore floue.

Partager