Plaques de rues parisiennes : une pétition contre la disparition silencieuse d’un patrimoine
Plaques de rues parisiennes : une pétition contre la disparition silencieuse d’un patrimoine

À Paris, une pétition citoyenne secoue la routine municipale : près de 30 000 personnes ont déjà signé un appel pour « sauver les plaques de rues parisiennes ». À l’origine de cette mobilisation, Anne-Élizabeth Rouault, habitante du XXe arrondissement et spécialiste en conservation du patrimoine, dénonce le remplacement progressif, et selon elle dissimulé, de ces plaques emblématiques, symboles familiers de l’identité visuelle de la capitale. Depuis trois ans, elle observe la lente disparition des plaques anciennes, parfois centenaires, remplacées par des modèles récents jugés plus neutres, moins lisibles, voire envahissants à la nuit tombée. Certaines seraient même simplement vissées par-dessus les anciennes, d’autres carrément dérobées pour être revendues en ligne, parfois à prix d’or. En mai dernier, plusieurs annonces sur des sites comme eBay ou Leboncoin avaient déjà suscité la colère des défenseurs du patrimoine. La Ville avait rappelé que l’usage de ces plaques n’est pas protégé, mais leur revente, elle, peut parfois tomber sous le coup de la loi.

Une modernisation qui ne dit pas son nom ?

La mairie, de son côté, tempère : pas de plan de remplacement massif en cours, mais une gestion au cas par cas. En 2024, un pic de renouvellement a bien eu lieu, notamment pendant les Jeux olympiques, dans le cadre de l’opération « À vos plaques, prêts, partez ! ». Près de 1 300 plaques ont alors été remplacées via l’application DansMaRue, à la suite de signalements d’usagers. Chaque année, environ 200 plaques sont changées, affirme la Ville. Concernant les critiques sur la lisibilité ou la taille des nouvelles plaques, la municipalité répond qu’elles respectent un cahier des charges strict : acier émaillé, cuisson à 860°C, typographie réglementaire et coloris codifié. Et que ce format serait inchangé depuis un siècle. L’administration explique également que les anciennes plaques, souvent en hauteur, sont conservées lorsque leur état le permet, les nouvelles étant posées plus bas en complément. Mais ces explications n’apaisent pas tous les esprits. Pour Anne-Élizabeth Rouault, le problème n’est pas seulement esthétique ou technique. Il est symbolique. Derrière chaque plaque, il y a une histoire, une écriture, une matière. Et c’est cette patine, ce détail discret mais fondateur, qui semble peu à peu remplacé par une série standardisée. Pour les amoureux de Paris, ce n’est pas un détail : c’est un effacement.

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