À Marseille, la « Bonne-Mère » fait plus que veiller sur la ville : elle électrise le débat politique. La rénovation de la basilique Notre-Dame-de-la-Garde, perchée sur les hauteurs de la cité phocéenne, divise profondément. En cause, un financement public jugé illégitime par La France insoumise, alors même que l’édifice appartient au diocèse catholique et n’est pas classé monument historique. Un symbole religieux devenu, malgré lui, théâtre d’affrontements idéologiques.
Argent public, édifice religieux : l’équation qui fait polémique
Le chantier a débuté en février, enveloppant la basilique de 40 tonnes d’échafaudages et mobilisant 30 000 feuilles d’or pour redorer la statue de la Vierge à l’enfant. Coût total : 2,8 millions d’euros, dont 1,7 million financés par les collectivités publiques. La Ville de Marseille, la Métropole, le Département et la Région ont mis la main à la poche, aux côtés de donateurs privés comme CMA CGM, l’Olympique de Marseille ou Pernod Ricard. Mais pour les élus LFI, cette contribution publique est une hérésie. « Les fonds publics doivent aller à l’école, au logement, aux transports, pas à un édifice religieux privé », tonne le député Manuel Bompard. Le parti dénonce l’utilisation d’une ordonnance de 1942, héritée du régime de Vichy, pour justifier ces aides publiques. Un texte controversé qui autorise les subventions aux édifices affectés au culte, même non classés.
Entre attachement populaire et bataille juridique
Face aux attaques, Martine Vassal, présidente LR de la Métropole et du Département, dégaine l’arme de l’émotion : « Classée ou non, Notre-Dame-de-la-Garde est dans le cœur de chaque Marseillais ». Pour elle, s’opposer au chantier, c’est s’attaquer à l’âme de la ville. Un avis partagé par la mairie, qui précise que les 300 000 euros engagés le seront pour « la terrasse des quatre anges » et « la mise en sécurité des terrasses basses », des zones ouvertes au public. Selon elle, le financement reste conforme à la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État. Mais pour La France insoumise, cet argument ne tient pas. Si la basilique est un bien culturel majeur, alors elle doit être classée monument historique pour bénéficier de fonds publics. C’est d’ailleurs ce que pourrait permettre le projet de classement annoncé par Rachida Dati, qui inclut Notre-Dame-de-la-Garde dans une liste de 50 édifices marseillais à requalifier d’ici à 2026. Un projet auquel le diocèse semble toutefois réticent, le classement impliquant des obligations patrimoniales lourdes. Finalement, le débat cristallise deux conceptions de la laïcité : celle qui accepte l’aide aux édifices religieux en tant que patrimoine collectif, et celle qui voit dans cette aide une entorse dangereuse à la neutralité de l’État. À Marseille, même les pierres sacrées ne sont pas à l’abri du tumulte politique.