Un nouveau rebondissement vient secouer la Principauté. L’ancien président du tribunal suprême de Monaco, Didier Linotte, a été placé en garde à vue le lundi 23 juin 2025. La procédure s’inscrit dans une enquête judiciaire ouverte pour trafic d’influence, sur fond de règlements de comptes au sommet de l’État monégasque. L’affaire trouve ses origines en 2021 avec la création du site internet Les Dossiers du Rocher, un outil de dénonciation anonyme accusant quatre figures influentes du cercle rapproché d’Albert II — parmi lesquelles Didier Linotte, l’avocat personnel du prince, Thierry Lacoste, et son ex-comptable Claude Palmero — de collusions avec des groupes immobiliers. Longtemps protégés, ces conseillers ont été progressivement écartés du pouvoir à partir de 2023.
Des tensions entre puissances économiques rivales
Le conflit dépasse le simple cadre institutionnel. Les hommes visés par les révélations ont fini par soupçonner Patrice Pastor, héritier d’un empire immobilier dont la fortune dépasse largement celle de la famille princière, d’avoir orchestré ces attaques dans le but de s’imposer face à leurs résistances. Le bras de fer oppose donc deux réseaux d’influence : celui des anciens hommes forts du Palais, et celui d’un magnat désireux de redessiner l’avenir économique de Monaco. La justice examine désormais une trentaine de dossiers connexes, dont plusieurs concernent les relations entretenues par les mis en cause avec les promoteurs Marzocco et Caroli, tous deux concurrents directs du groupe Pastor. En particulier, le rôle de Didier Linotte dans une décision clé du tribunal suprême attire l’attention : en 2020, l’institution avait condamné l’État monégasque à verser 136 millions d’euros à la société Caroli, pour l’abandon du projet de l’Esplanade des pêcheurs.
Une institution fragilisée, un pouvoir en recomposition
Selon son avocat, cette décision avait été prise de manière collégiale, par cinq des sept membres du tribunal. Il qualifie les soupçons de « fable » et insiste sur l’intégrité de son client, ancien recteur de l’académie de Nice et professeur de droit, qui a présidé la plus haute juridiction monégasque pendant onze ans, jusqu’à son départ imposé par le prince Albert en 2023. Jusqu’à présent, Claude Palmero a été entendu six fois dans le cadre de l’enquête. Mais seuls deux protagonistes secondaires ont été mis en examen dans le dossier parallèle de piratage informatique, qui aurait alimenté le site Les Dossiers du Rocher avec des mails internes. Ce feuilleton judiciaire, où se croisent ambitions économiques, stratégies politiques et querelles de palais, continue de fragiliser les équilibres traditionnels de la Principauté. La justice monégasque, déjà sous le feu des projecteurs, devra déterminer si ces accusations relèvent de manipulations ou révèlent un système d’influence tentaculaire.