La vague #MeToo touche désormais de plein fouet la scène techno européenne. Après la publication de témoignages visant plusieurs DJ et producteurs, la DJ belge Amelie Lens a pris la parole pour dénoncer ce qu’elle considère comme un laxisme persistant du milieu face aux violences sexistes et sexuelles.
Dans un message publié sur Instagram, l’artiste évoque un sentiment d’épuisement partagé par de nombreuses femmes du secteur. Elle estime que la piste de danse comme les coulisses ne constituent pas des espaces sûrs et critique le fait que la sécurité ait longtemps été perçue comme un « problème féminin ». Selon elle, le silence, la minimisation des faits et la priorité donnée à la protection des réputations entretiennent un système délétère.
Une vague d’accusations et des déprogrammations en chaîne
L’affaire a pris de l’ampleur après qu’un ancien employé de l’agence française Steer Management a relayé sur Instagram des témoignages visant plusieurs artistes représentés par la société, dont Shlømo, Odymel, CARV et Basswell. Les accusations portent sur des faits de violences sexistes et sexuelles.
Un compte Instagram baptisé #MeTooDJ, ouvert début février, recueille également des témoignages et oriente les victimes vers des dispositifs de soutien psychologique. L’agence Steer a annoncé suspendre ses collaborations avec les artistes concernés.
Certains DJ ont contesté les accusations. Shlømo évoque une campagne de diffamation et annonce une plainte. Odymel affirme que les faits évoqués se seraient produits durant un épisode de somnambulisme, invoquant un trouble médical décrit comme compatible avec un comportement sexuel inconscient. CARV, accusé d’envois d’images à caractère sexuel sans consentement, conteste tout comportement non consenti tout en reconnaissant la gravité de la situation.
Face à ces éléments, plusieurs festivals ont décidé de déprogrammer les artistes visés. Le festival Le Bon Air à Marseille, Verknipt en Croatie ou encore le Dour Festival ont annoncé des mesures de précaution. À Bruxelles, le collectif Hangar a annulé une date prévue d’Odymel. D’autres artistes ont également pris position, à l’image de la DJ polonaise VTSS qui a annoncé l’annulation d’un set en commun avec Odymel avant que le festival concerné ne procède à sa déprogrammation.
Au-delà des situations particulières, plusieurs figures féminines de la scène électro appellent à une transformation structurelle du milieu. La DJ et rappeuse Chippy Nonstop a également plaidé pour un changement des pratiques et une meilleure protection des artistes et du public.