Réunis en Eure-et-Loir, les Jeunes Agriculteurs ont obtenu un signal politique fort du gouvernement sur l’avenir de l’agriculture française. Lors d’une visite d’exploitation organisée à Baigneaux le 30 janvier, le Premier ministre Sébastien Lecornu s’est engagé à faire des plans et contrats d’avenir agricoles un outil central de reconquête de la souveraineté alimentaire, dans un contexte marqué par le dérèglement climatique et le vieillissement rapide de la profession.
Cet engagement marque une étape importante pour le syndicat, qui porte depuis plusieurs années l’idée d’une planification agricole structurée, capable d’accompagner les exploitations dans leur adaptation. L’objectif affiché est clair : aider les jeunes agriculteurs à financer la transition de leurs systèmes de production, tout en sécurisant leur avenir économique. Pour Jeunes Agriculteurs, cette annonce constitue une reconnaissance du travail mené sur le terrain et dans les instances nationales. Le réseau attend désormais que ces orientations se traduisent concrètement dans la future loi d’urgence agricole.
Selon le calendrier évoqué, les bases législatives de cette planification devront être précisées par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, avec une présentation attendue d’ici le prochain Salon international de l’Agriculture à Paris. Pour les représentants des jeunes exploitants, cette échéance est décisive. Après des mois de mobilisations et de crises successives, ils réclament une vision politique lisible, capable de redonner de l’attractivité au métier et de sortir l’agriculture d’une gestion permanente de l’urgence.
Une diversification présentée comme une nécessité stratégique
La visite du verger d’amandiers d’Aude Sevestre et de son fils Jules, à Baigneaux, illustre la philosophie défendue par Jeunes Agriculteurs. Longtemps tournée exclusivement vers les céréales et la betterave, cette exploitation beauceronne a engagé une diversification progressive de ses productions. Un choix présenté comme une réponse pragmatique aux aléas climatiques, géopolitiques et sanitaires, qui fragilisent de plus en plus les modèles agricoles spécialisés.
Pour le syndicat, cette évolution ne doit pas rester marginale ou individuelle. Elle doit s’inscrire dans une stratégie nationale, déclinée par territoires jusqu’à l’échelle de chaque exploitation, en cohérence avec les conférences sur la souveraineté alimentaire. L’enjeu est d’anticiper plutôt que de subir, en donnant aux agriculteurs des outils de projection à moyen et long terme.
La planification proposée par Jeunes Agriculteurs repose sur une architecture en deux niveaux. D’une part, des plans d’avenir territoriaux, fondés sur un diagnostic précis des enjeux agricoles et climatiques locaux, afin de fixer des orientations claires et partagées. D’autre part, des contrats d’avenir signés entre les agriculteurs, les pouvoirs publics et les acteurs économiques des filières. Ces contrats auraient vocation à sécuriser les exploitants dans leur transition, en apportant visibilité, accompagnement financier et stabilité réglementaire.
Un tournant sur la souveraineté alimentaire européenne
Au-delà de la planification, Sébastien Lecornu a également annoncé une mesure attendue de longue date par le monde agricole. L’État et les collectivités territoriales devront désormais s’approvisionner exclusivement en produits agricoles issus de l’Union européenne. Pour Jeunes Agriculteurs, cette décision marque la fin d’une forme de naïveté dans les politiques publiques d’achat. Le syndicat se félicite d’un principe simple, selon lequel l’argent public doit bénéficier en priorité aux producteurs européens.
Cette annonce renforce le message porté lors de la visite. Face à la concurrence internationale et aux distorsions de normes, la souveraineté alimentaire ne peut rester un slogan. Elle doit s’appuyer sur des actes concrets, combinant planification, soutien à l’investissement et protection des débouchés.
Pour Jeunes Agriculteurs, l’enjeu des prochaines semaines sera donc décisif. Les annonces politiques doivent désormais se traduire dans la loi, avec un article clairement dédié à la planification agricole dans la future loi d’urgence. À défaut, la défiance pourrait rapidement reprendre le dessus. À l’inverse, une concrétisation rapide ouvrirait la voie à une agriculture mieux armée face au changement climatique et plus attractive pour les générations à venir.