Le gouvernement français anticipe un possible exode de scientifiques américains, confrontés aux coupes budgétaires et aux restrictions imposées par l’administration Trump. Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a sollicité l’Agence nationale de la recherche, le CNRS, l’Inserm et les universités pour proposer des mesures concrètes afin d’accueillir ces chercheurs en difficulté.
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a engagé une série de réformes jugées hostiles à la recherche, notamment en réduisant drastiquement les financements publics et en se retirant de l’OMS. Ces décisions, couplées aux licenciements massifs dans les agences fédérales spécialisées dans le climat et la santé, ont provoqué une vague d’inquiétude au sein de la communauté scientifique américaine.
Des chercheurs de renom, dont les prix Nobel Esther Duflo et Anne L’Huillier, ont dénoncé dans une tribune une « attaque sans précédent » contre la science, mettant en péril « un pilier de la démocratie ». En réaction, des manifestations ont eu lieu aux États-Unis et en Europe, avec un appel à la mobilisation lancé en France.
Aix-Marseille Université (AMU) a été la première institution française à proposer un programme spécifique, baptisé « Safe Place for Science ». Doté d’un budget de 10 à 15 millions d’euros, ce dispositif permettra d’accueillir une quinzaine de chercheurs américains sur trois ans, avec des financements compris entre 600 000 et 800 000 euros par scientifique.
Le président de l’université, Éric Berton, souligne l’urgence de la situation : « Le risque est que ces chercheurs ne puissent plus financer leurs travaux, ou qu’ils soient contraints de quitter les États-Unis s’ils sont étrangers. » Il espère que cette initiative sera suivie par d’autres établissements français et européens, citant l’exemple de l’Allemagne, qui a déjà mis en place des dispositifs similaires.
Si l’initiative d’AMU ouvre la voie, le gouvernement entend structurer une réponse nationale et européenne. Philippe Baptiste a insisté sur la nécessité de « renforcer les dispositifs existants » et d’identifier les secteurs prioritaires pour l’accueil de ces chercheurs. Les semaines à venir seront cruciales pour déterminer l’ampleur de l’exode scientifique et la capacité de la France à se positionner comme un refuge pour ces talents menacés.