Grève générale le 10 septembre ? Les syndicats freinent face à l’appel de Mélenchon @Capture France 24
Grève générale le 10 septembre ? Les syndicats freinent face à l’appel de Mélenchon @Capture France 24

Jean-Luc Mélenchon a lancé un mot d’ordre tonitruant : « Bloquons tout le 10 septembre ». L’appel du leader insoumis, repris par plusieurs partis de gauche, se veut une réponse frontale au plan budgétaire de François Bayrou. Mais du côté des syndicats, la prudence domine. Si certains jugent la colère sociale légitime, peu se risquent à parler de « grève générale », un terme qu’ils estiment galvaudé. Chez SUD rail, seul à appeler clairement au blocage, le ton est plus offensif. Le syndicat revendique une consultation interne validant l’arrêt de travail massif dans le ferroviaire. Mais son représentant prévient : « Une grève ne se décrète pas depuis une tribune ou un meeting ». Un rappel adressé directement à Mélenchon, accusé de transformer un processus long et construit en slogan politique.

Des centrales sceptiques et divisées

À la CGT, Denis Gravouil parle de « mépris social » lorsqu’un responsable politique prétend s’ériger en chef d’orchestre des luttes. Même tonalité chez Sophie Binet, qui se méfie d’un mouvement trop spontané, sans stratégie claire, et rappelle le risque de récupération par des courants antisyndicaux. Force ouvrière, par la voix de Frédéric Souillot, balaie l’idée d’un blocage national en pointant « des mots d’ordre confus » et l’écart entre l’impact numérique de la campagne de Mélenchon et les centaines de milliers de signatures recueillies par l’intersyndicale contre le budget Bayrou. La CFE-CGC refuse également de s’associer à une mobilisation qui ressemble à une « récupération politique ». Pour ses responsables, la ligne reste celle des discussions intersyndicales programmées début septembre. La CFDT, de son côté, doit préciser sa position dans les prochains jours, mais n’entend pas se laisser entraîner dans une action initiée par les partis.

Une rentrée sociale sous haute tension

Au-delà du 10 septembre, les syndicats préparent leurs propres échéances, indépendamment des appels lancés par la gauche. La ministre du Travail doit ouvrir une série de consultations tandis que Bayrou est attendu sur les précisions de son plan d’économies. Mais les syndicats ne se font guère d’illusions : « Personne n’est dupe », résume un cadre de la CFE-CGC, dénonçant une stratégie gouvernementale consistant à multiplier les annonces pour en retirer quelques-unes afin de calmer les esprits. L’abandon éventuel de la suppression de deux jours fériés ne suffirait pas à apaiser la colère, préviennent-ils : derrière cette mesure symbolique se profilent réductions de postes, réformes du chômage et précarisation des retraites. Si le 10 septembre reste incertain, une chose semble acquise : la rentrée sociale ne se résumera pas à cette date et promet d’autres mobilisations contre une politique jugée austéritaire.

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