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Faux SMS de livraison : derrière les deux euros réclamés, une chaîne d’escroqueries bancaires

Faux SMS de livraison : derrière les deux euros réclamés, une chaîne d’escroqueries bancaires
Faux SMS de livraison : derrière les deux euros réclamés, une chaîne d’escroqueries bancaires

Un colis qui ne rentrerait pas dans la boîte aux lettres, une adresse à corriger, une livraison à reprogrammer : les faux messages de transporteurs exploitent des situations ordinaires pour obtenir des informations sensibles. Leur efficacité repose sur une demande apparemment anodine, souvent un paiement d’un ou deux euros. Mais les documents de prévention et les bilans officiels révèlent un objectif beaucoup plus lucratif : récupérer des données personnelles et bancaires, puis les exploiter ou les revendre. Cybermalveillance.gouv.fr constate que ces informations servent fréquemment, quelques heures ou quelques jours plus tard, à une seconde escroquerie impliquant un faux conseiller bancaire.

Le phénomène s’inscrit dans une progression plus large de l’hameçonnage. En 2025, cette menace représentait 32,9 % des demandes d’assistance des particuliers auprès de Cybermalveillance.gouv.fr. Tous publics confondus, les demandes associées ont augmenté de 70 % par rapport à 2024. Le dispositif a enregistré plus de 504 000 demandes d’assistance en ligne, toutes menaces réunies. Ces chiffres mesurent son activité, et non le nombre total d’escroqueries commises en France : ils ne permettent donc pas de chiffrer précisément les victimes des seuls faux colis.

Un petit paiement pour récupérer beaucoup plus

Le parcours décrit par les organismes de prévention commence par un message invitant à résoudre un problème de livraison. Le lien mène vers une page reproduisant l’apparence d’un transporteur, avec son logo et une présentation familière. La victime est invitée à renseigner son identité, son adresse et les informations de sa carte bancaire. Selon Cybermalveillance.gouv.fr, il n’y a souvent même pas de véritable paiement : le formulaire sert essentiellement à capturer les coordonnées de la carte. Le montant affiché donne une justification à cette collecte et peut rendre la demande moins inquiétante. Dans son bilan de l’hameçonnage en 2025, le dispositif identifie Mondial Relay comme la marque la plus usurpée pour les fausses livraisons.

Les messages peuvent aussi utiliser des informations exactes pour paraître authentiques. La CNIL explique que des données issues de fuites rendent les sollicitations frauduleuses plus crédibles, notamment lorsqu’elles semblent provenir d’une banque ou d’un service de livraison. Dans une fiche publiée le 14 septembre 2026, le ministère de l’Économie décrit même une variante comportant une photographie de faux colis, générée par intelligence artificielle, portant le nom et l’adresse du destinataire. La présence de ces renseignements ne prouve donc pas que l’expéditeur connaît une commande réelle. Elle peut simplement révéler qu’il dispose de données personnelles récupérées ailleurs.

Des données revendues, des tâches réparties

Le bilan 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr décrit un marché souterrain structuré autour d’acteurs spécialisés, de plateformes d’échange et de messageries chiffrées. On y commercialise des données volées, des profils prêts à exploiter et des outils d’hameçonnage. Le dispositif évoque également des centres d’appels réunissant de faux téléconseillers spécialisés dans la manipulation. Ces observations montrent qu’une fraude peut mobiliser plusieurs intervenants : celui qui collecte les informations n’est pas nécessairement celui qui les utilise ensuite. Elles ne permettent toutefois pas d’attribuer chaque campagne de faux colis à un réseau unique ni d’établir le prix de revente d’un fichier particulier.

La seconde attaque exploite la confiance que peuvent inspirer les données déjà connues. Un interlocuteur se présente comme un conseiller bancaire et prétend intervenir face à une opération suspecte. La CNIL souligne que la connaissance d’informations personnelles, y compris un IBAN, peut servir à convaincre la victime d’effectuer ou de confirmer une action urgente. Dans les fraudes suivant un faux message de livraison, les renseignements saisis auparavant peuvent ainsi alimenter un discours de protection du compte. L’escroc transforme les traces de la première tromperie en arguments pour la suivante. Cybermalveillance.gouv.fr documente explicitement cet enchaînement, sans affirmer qu’il intervient dans tous les cas.

Le vrai suivi du colis permet de rompre le scénario

Pour vérifier une livraison, les recommandations officielles privilégient un parcours indépendant du message reçu : ouvrir soi-même le site ou l’application du transporteur, ou retrouver le suivi depuis la commande initiale. La Poste indique qu’elle n’envoie pas de SMS demandant un paiement pour recevoir un colis. Un logo reconnaissable, une adresse exacte ou le fait d’attendre effectivement un achat ne suffisent pas à authentifier une sollicitation. Le ministère de l’Économie recommande également de signaler les SMS suspects au 33700 et d’avertir le transporteur dont l’identité a été usurpée.

Lorsque les coordonnées d’une carte ont déjà été communiquées, le ministère recommande de contacter rapidement sa banque pour faire opposition et de conserver les preuves. Un appel ultérieur prétendant sécuriser le compte doit lui aussi être vérifié en rappelant l’établissement par un numéro connu, rappelle la CNIL. Les documents consultés établissent ainsi un risque qui dépasse le prélèvement initial : une information obtenue sous le prétexte d’une livraison peut rester exploitable pour d’autres tentatives. C’est cette réutilisation qui fait du faux colis une porte d’entrée vers des fraudes plus importantes.

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