Face à l’afflux touristique, le sud de l’Italie transforme la foule en opportunité
Face à l’afflux touristique, le sud de l’Italie transforme la foule en opportunité

Dans le quartier défavorisé de Danisinni, à Palerme, une ancienne ferme paroissiale accueille désormais des touristes dans deux chambres d’hôtes, une initiative qui illustre comment l’essor du tourisme en Sicile peut servir de levier de développement. Le frère Mauro Billetta, responsable de la paroisse locale, a réhabilité l’endroit dans l’espoir d’ouvrir cette zone marginalisée aux visiteurs étrangers et de générer des revenus pour la communauté.

Alors que les villes emblématiques du nord comme Rome, Venise ou Florence s’élèvent contre les effets délétères du surtourisme — pénurie de logements, hausse des loyers, disparition des commerces de proximité — Palerme semble vivre une dynamique inverse. Dans cette capitale régionale longtemps marquée par la pauvreté et la violence mafieuse, les touristes sont vus par beaucoup comme des agents de transformation positive, apportant argent et sécurité.

En 2023, Palerme a accueilli plus de 800 000 visiteurs, un chiffre en hausse de 16 % par rapport à l’année précédente. Les locations de courte durée explosent, représentant 44 % de plus qu’en 2019. Des initiatives comme celles de frère Mauro se multiplient, offrant des alternatives économiques et sociales dans des zones autrefois délaissées. Pour certains habitants, cette affluence est bénéfique : hausse de la valeur immobilière, ouverture de commerces, regain de vie dans les rues.

Mais tout n’est pas perçu positivement. Plusieurs résidents expriment des inquiétudes quant à l’absence de régulation. Le développement rapide du tourisme pourrait, selon eux, entraîner les mêmes dérives qu’ailleurs : dénaturation du tissu social, spéculation immobilière, nuisances sonores ou encore infiltration de trafics illicites. “L’absence d’intervention ouvre la voie à des transformations irréversibles”, avertit un habitant du centre historique.

Pour prévenir de tels excès, la municipalité de Palerme affirme vouloir agir. Alessandro Anello, conseiller municipal chargé du tourisme, nie tout risque imminent de surtourisme, mais reconnaît la nécessité d’une stratégie de préservation. Des mesures ont été prises, comme le gel de l’ouverture de nouvelles supérettes pendant 18 mois ou la planification de logements étudiants dans le centre-ville.

Le boom touristique contribue aussi à améliorer l’image de Palerme, longtemps associée à la mafia. Les stigmates des années de terreur sont toujours visibles, mais le dynamisme culturel, les échanges avec les voyageurs et le renouveau urbain sont porteurs d’espoir. « Il y a un air différent, une mentalité plus ouverte », confie Claudia Lombardo, loueuse d’appartements, soulignant le rôle positif des visiteurs dans cette métamorphose.

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