Des prisons modulaires pour désengorger : Meaux parmi les premiers sites retenus
Des prisons modulaires pour désengorger : Meaux parmi les premiers sites retenus

Face à la saturation chronique des établissements pénitentiaires, l’État change de méthode. Le ministère de la Justice mise désormais sur des prisons modulaires en béton armé, plus rapides à construire, moins coûteuses, mais aux capacités ciblées. Meaux-Chauconin, en Seine-et-Marne, fait partie des 17 sites déjà retenus pour accueillir ce nouveau type d’infrastructure. L’objectif : ouvrir 3 000 places supplémentaires d’ici 2027. Installée juste à côté du centre pénitentiaire existant, la future unité modulaire de Meaux permettra d’enfermer des personnes condamnées à de courtes peines, présentant un faible niveau de dangerosité ou bénéficiant d’un régime de semi-liberté. En d’autres termes, des profils à faible risque, mais qui saturent aujourd’hui des établissements censés accueillir des détenus bien plus dangereux. Le ministère assure qu’il ne s’agit pas de simples préfabriqués, mais bien de structures en béton, industrialisées en usine puis assemblées sur site, à l’identique des prisons classiques.

Moins chères, plus rapides, mais avec quel personnel ?

La promesse du ministère est claire : construire une prison modulaire en 18 mois au lieu de 7 ans pour une prison classique, et pour un coût deux fois inférieur (200 000 euros par place contre 400 000). Une efficacité vantée par l’entourage du ministre Gérald Darmanin, qui multiplie les références à l’Allemagne et au Royaume-Uni, pays déjà familiers de ce modèle. Des visites ont même été organisées à l’étranger pour rassurer les syndicats pénitentiaires français, d’abord sceptiques. Mais sur le terrain, les réserves subsistent. À Meaux, Anthony Mascella (CGT pénitentiaire) rappelle qu’un bâtiment ne fonctionne pas sans personnel. Et qu’en l’état, la réalité est critique : il évoque des situations où un seul surveillant doit gérer plus de 120 détenus. Or, il n’existe en France qu’une seule école de formation pour les futurs agents, et aucun plan précis n’a encore été annoncé pour faire face à la hausse nécessaire des effectifs.

Privilégiée : la proximité avec d’autres prisons pour mutualiser logistique et surveillance

 Les unités modulaires devraient comprendre entre 50 et 100 places chacune. Les appels d’offres ont été lancés en mai et juillet pour 3 000 places au total. La première unité devrait sortir de terre à Troyes (Aube) en 2026, Meaux suivra. En juin dernier, le taux d’occupation des prisons françaises atteignait 135 %, avec plus de 84 000 détenus pour 62 500 places. À Meaux-Chauconin, la situation est encore plus explosive : 783 détenus pour seulement 446 places, soit 176,6 % de surpopulation. Deux décennies après son ouverture, l’établissement peine à contenir une pression carcérale devenue structurelle. Reste à savoir si ces prisons modulaires apporteront autre chose qu’un répit statistique.

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