Criminalité organisée: femmes et mineurs, les nouveaux visages du recrutement
Criminalité organisée: femmes et mineurs, les nouveaux visages du recrutement

Dans les couloirs du ministère de l’Intérieur, le constat remonte comme une odeur persistante de poudre et d’argent sale: la criminalité organisée recrute plus large et plus malin. Le Sirasco, le service spécialisé rattaché à Beauvau, observe une hausse du recours aux femmes et aux mineurs. Une stratégie simple, presque cynique, qui joue sur les apparences. Des profils moins associés aux trafics, donc moins susceptibles d’attirer l’oeil lors d’un contrôle sur la voie publique.

Côté femmes, le temps des rôles secondaires s’efface. Elles prennent le volant, gèrent la logistique, transportent, assurent la continuité quand un conjoint tombe et que la machine ne doit pas s’arrêter. La vente de stupéfiants via des « centrales d’appel » et le recrutement de livreurs sur les réseaux sociaux ont accéléré ce mouvement, en installant une organisation plus froide, plus segmentée, où l’on peut faire tourner un trafic comme une petite entreprise de livraison.

Des « centrales d’appel » aux enlèvements, la rue change de main

Et puis il y a les mineurs. Le rapport décrit un vivier dopé par la digitalisation, qui ne se limite plus aux quartiers et s’étend à l’ensemble du territoire, avec des annonces qui circulent comme des offres d’emploi déguisées. Le Sirasco relève leur présence plus fréquente dans des dossiers d’enlèvements et de séquestrations. Dans les conflits entre trafiquants, des équipes de jeunes, faiblement rémunérés, mobiles, facilement remplaçables, se constituent au gré des besoins, souvent recrutées dans l’entourage des points de deal ou directement en ligne.

Les chiffres, eux, claquent. Dans les enquêtes élucidées en 2024, 24% impliquent des tueurs de moins de 20 ans, avec une surreprésentation dans le Sud et le Sud-Est, notamment à Marseille, Nîmes, Montpellier et Valence; sur les trois premiers trimestres de 2025, la part monte à 28%. À Marseille, la cheffe du Sirasco Annabelle Vandendriessche l’a résumé d’une formule qui dit tout: la digitalisation « a largement favorisé la rencontre entre l’offre et la demande de biens et de services criminels », tout en renforçant le cloisonnement entre commanditaires, recruteurs et exécutants. Reste une perspective inquiétante: quand le crime s’organise comme un marché, la riposte doit courir aussi vite que les annonces qui s’affichent sur les écrans.

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