Condé-sur-Sarthe : les premiers détenus transférés vers la nouvelle prison de haute sécurité
Condé-sur-Sarthe : les premiers détenus transférés vers la nouvelle prison de haute sécurité

Du 2 juin au 4 juillet 2025, la cour d’assises spéciale de Paris juge Michaël Chiolo, auteur présumé de l’attaque d’une rare violence survenue dans la prison de Condé-sur-Sarthe en mars 2019. Deux surveillants avaient été grièvement blessés lors de cette agression au couteau, perpétrée avec la complicité de sa compagne, Hanane Aboulhana, abattue plus tard par le Raid. Quatre autres accusés comparaissent pour divers degrés de complicité dans cette attaque qualifiée de terroriste. Le procès met en lumière les carences et les angles morts de la gestion carcérale, notamment la question centrale de la radicalisation islamiste en détention. Michaël Chiolo, détenu à l’époque pour le meurtre d’un octogénaire rescapé de la Shoah, s’est progressivement radicalisé en prison. Déjà repéré pour apologie du terrorisme après les attentats du Bataclan, il figurait au fichier des individus suivis pour radicalisation.

Une attaque préméditée et un environnement carcéral sous tension

Le 5 mars 2019, Chiolo reçoit sa compagne dans une Unité de vie familiale (UVF), un dispositif censé maintenir les liens familiaux. Mais le couple, armé de couteaux en céramique et muni de fausses ceintures explosives, poignarde deux gardiens en criant “Allah Akbar” avant de se retrancher dans l’appartement pénitentiaire. Le Raid mettra plus de dix heures à intervenir, neutralisant la femme et blessant grièvement Chiolo. L’agression visait bien plus que les surveillants : une réunion avec le directeur de l’établissement et plusieurs magistrats était prévue à proximité. Lors de l’instruction, Chiolo a désigné le directeur comme cible prioritaire. Le procès révèle également les liens étroits tissés entre l’assaillant et quatre codétenus, surnommés “le Club des Cinq”, partageant une idéologie islamiste radicale dans une aile spéciale de la prison.

Une radicalisation en milieu carcéral

Parmi eux, Abdelaziz Fahd est présenté comme le mentor idéologique du groupe, incarcéré depuis des années pour braquage et tentative d’évasion à l’explosif. Écoutés par le renseignement pénitentiaire, certains échanges enregistrés laissent penser à une forme d’encouragement actif à l’attaque. Fahd conteste toute implication, tout comme les trois autres accusés, dont Jérémy Bailly, déjà condamné pour un attentat antisémite. Ce procès, au-delà de la tentative d’assassinat sur des agents de l’État, questionne la capacité du système carcéral français à détecter, contenir et désamorcer les trajectoires de radicalisation violente. Le dossier révèle l’introduction d’armes par des visiteurs, les limites du contrôle sécuritaire, mais aussi la difficulté d’endiguer un prosélytisme religieux extrême qui prospère derrière les murs. Les syndicats de surveillants, traumatisés, avaient alors bloqué une trentaine de prisons, contraignant l’État à des concessions en matière de sécurité. Le procès de Michaël Chiolo, qui a déjà exprimé son désir de “dire sa vérité” sur le fonctionnement de la prison, s’annonce comme celui d’un échec collectif : celui de la protection du personnel pénitentiaire face à la violence extrême, mais aussi de la dérive d’un homme devenu radicalisé dans un environnement censé le réhabiliter.

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