Icônes du tourisme balnéaire des Trente Glorieuses, La Grande Motte et le Cap d’Agde se retrouvent aujourd’hui confrontées à une problématique aussi technique que politique : celle du vieillissement accéléré de leur parc d’hébergements touristiques. Construites dans les années 60-80 pour accueillir un tourisme populaire de masse, les deux stations doivent désormais composer avec des milliers de studios-cabines désuets, mal isolés et inadaptés aux attentes d’une clientèle en quête de confort, de connectivité et de polyvalence. L’enjeu : réinventer l’hébergement de bord de mer sans fracturer l’existant. À Agde, la municipalité veut amorcer un tournant. Le maire Sébastien Frey, élu en 2024 après la chute de son prédécesseur dans « l’affaire de la voyante », ambitionne une montée en gamme assumée : plus de tourisme sportif, d’activités culturelles et patrimoniales, de séjours d’affaires. L’objectif est clair : en finir avec le tourisme de plage figé sur deux mois d’été. Un partenariat a été noué avec la Banque des Territoires pour rénover le parc de logements touristiques, en l’absence de dispositif fiscal incitatif. L’idée ? Construire du neuf au-dessus de certains parkings existants, et financer avec les recettes les rénovations des copropriétés.
Résistances, lenteurs et désillusions
Mais entre la bonne volonté des élus et la réalité de terrain, le fossé reste large. À La Grande Motte, un programme pilote de rénovation financé par le Plan Littoral 21 a permis de lancer 50 études, pour seulement dix rénovations effectives. L’Office de tourisme, qui avait mis en place une aide incitative, peine à mobiliser les propriétaires, souvent absents ou âgés, peu sensibles à la modernisation de leurs biens. « Les logements ne sont pas forcément vétustes, mais souvent mal pensés pour le télétravail ou l’isolation énergétique », reconnaît Jérôme Arnaud, directeur de l’OT. S’ajoute à cela l’atomisation du pouvoir décisionnel dans les vastes copropriétés. Difficultés à fédérer, lenteurs procédurales, conflits d’intérêts : tout concourt à figer la situation. Certains copropriétaires dénoncent même des pratiques abusives de syndics, accusés de pousser à des travaux inutiles ou surfacturés. Résultat : la défiance s’installe, les projets s’enlisent.
La Banque des Territoires tente pourtant d’accélérer
Elle a déployé une équipe pour accompagner les copropriétés, avec à terme l’idée de reprendre certains lots pour les transformer en hôtels ou résidences réhabilitées, via un montage foncier spécifique. Mais encore faut-il que les copropriétaires lâchent prise. Face à l’érosion de leur attractivité, La Grande Motte et le Cap d’Agde n’ont plus vraiment le choix. Si elles ne rénovent pas leur béton hérité des années 70, elles risquent de voir leur tourisme s’étioler, à rebours des usages et des standards actuels. En octobre, une rencontre avec le préfet, les élus et la Région tentera de tracer une ligne de conduite. Le temps presse : le soleil méditerranéen ne suffit plus à masquer les fissures.