Aristophil : quand la passion des manuscrits s’est transformée en escroquerie géante-150448
Aristophil : quand la passion des manuscrits s’est transformée en escroquerie géante-150448

Ce lundi 8 septembre s’ouvre à Paris le procès d’une affaire qui restera comme l’une des plus vastes escroqueries à l’épargne jamais révélées en France. Au cœur du dossier, Aristophil, une société qui promettait à ses clients de conjuguer culture et finance en investissant dans des manuscrits prestigieux.

Des lettres anciennes transformées en placements financiers

Fondée par Gérard Lhéritier, Aristophil proposait à des milliers d’épargnants d’acheter des parts dans des collections de documents historiques, de George Sand à Einstein en passant par Napoléon. Les plaquettes commerciales faisaient miroiter une rentabilité annuelle de 8 %, soutenue par la rareté supposée des pièces. En réalité, les prix d’achat étaient gonflés, et les perspectives de revente largement surévaluées. Symbole de ces excès : en 2014, Aristophil débourse 437 000 euros pour le contrat de mariage de Napoléon et Joséphine, alors qu’il en existait plusieurs exemplaires, ce qui en réduisait considérablement la valeur.

Douze ans d’alerte ignorées

Pendant plus d’une décennie, l’entreprise a prospéré sans réelle entrave, malgré des signaux d’alerte répétés. Dès 2003, certains spécialistes du marché de l’art s’inquiétaient des prix artificiellement tirés vers le haut par les achats d’Aristophil. Les autorités financières, sollicitées à plusieurs reprises, ont tardé à réagir. Ce n’est qu’en novembre 2014 que l’édifice s’effondre, lorsque la brigade financière perquisitionne le siège parisien et le musée des Lettres et Manuscrits, vitrine luxueuse de l’entreprise.

Des milliers d’épargnants floués

Au total, près de 18 000 investisseurs auraient été lésés, pour un préjudice estimé à plusieurs centaines de millions d’euros. Beaucoup avaient misé une partie de leurs économies, séduits par la promesse d’un placement « sûr et culturel ». Le procès qui s’ouvre doit faire la lumière sur les responsabilités de Gérard Lhéritier et de ses proches collaborateurs, accusés d’avoir bâti une mécanique digne d’un système pyramidal. Pour les victimes, c’est l’espoir de voir enfin reconnu l’ampleur d’une escroquerie où le rêve de posséder un morceau d’histoire s’est transformé en cauchemar financier.

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