Ils auraient pu organiser une réunion d’experts en gestion de crise. Ou un colloque sur la lenteur des assurances. À la place, à Crécy-la-Chapelle, on a préféré sortir les nappes, les chaises pliantes et les plats faits maison. Ce samedi 24 mai, la petite ville de Seine-et-Marne invite ses habitants à un pique-nique citoyen sobrement intitulé « Qui l’eût crue (e) ? » — clin d’œil sémantique au traumatisme des inondations d’octobre 2024, et surtout tentative joyeuse de conjurer le sort. Sur la place du Marché, à partir de 18h, la commune et le comité des fêtes veulent célébrer, non pas la gadoue qui a ruiné les commerces, mais la solidarité, la résilience, et cet entêtement bien français à faire rimer désastre avec repas partagé. Il faut dire que la démarche a d’abord fait grincer quelques dents. Organiser une « fête » après un épisode où l’eau atteignait parfois le comptoir des bistrots ? Certains ont cru à une mauvaise blague. Résultat : l’annonce a été mise en pause, discussions à bâtons rompus avec les riverains, puis reprise du projet, plus clair dans ses intentions.
Une fête sobre et humaine
« Ce n’est pas une kermesse, c’est un hommage vivant », insiste Sébastien Cottereau, du comité des fêtes, lui-même sinistré. Loin de minimiser les dégâts — beaucoup attendent encore le verdict de leur assureur comme on attend un miracle —, il défend un moment de « respiration » après des mois la tête sous l’eau, au sens propre comme au figuré. Et la maire Christine Autenzio de renchérir : « Il ne faut pas que ce soit perçu comme une provocation. » Chacun viendra donc avec sa nappe, ses couverts, et surtout son vécu. Un verre de l’amitié sera offert, accompagné d’un moment musical — probablement sans batucada tonitruante, histoire de rester dans le registre « sobre mais humain ». Les commerçants locaux proposeront quelques plats à emporter pour ceux que les inondations ont définitivement découragés de cuisiner. Un an après avoir vu leur ville devenir un décor de film catastrophe, les Créçois veulent rappeler qu’ils sont toujours là, debout, un sandwich à la main et le sourire en coin. Pas pour oublier, mais pour se souvenir ensemble.