L’enquête visant le groupe Altice a franchi une nouvelle étape avec une opération d’ampleur coordonnée mardi matin par le Parquet national financier. Une trentaine de perquisitions ont été menées simultanément dans plusieurs régions françaises, ciblant aussi bien des domiciles privés que des sociétés liées au dossier. Cette action, présentée comme essentielle pour faire avancer les investigations, s’inscrit dans un vaste dispositif destiné à démanteler un système soupçonné d’avoir permis fraude, surfacturations et blanchiment au détriment du groupe fondé par Patrick Drahi. Selon les autorités, les enquêteurs ont saisi plus de quatorze millions d’euros répartis sur différents comptes bancaires, ainsi que plusieurs véhicules et objets de luxe. Le PNF indique que ces saisies constituent des éléments importants dans la compréhension des circuits financiers utilisés. Altice, sollicité pour réagir à cette opération, n’a pas souhaité commenter. L’enquête ouverte en 2023 s’intéresse à des faits présumés de corruption privée, d’escroquerie en bande organisée et de blanchiment, avec un préjudice estimé à plusieurs dizaines de millions d’euros.
Un système de sociétés écrans et de surfacturations au cœur des soupçons
Les premiers éléments recueillis par le PNF décrivent un mécanisme structuré autour de sociétés écrans servant d’intermédiaires entre Altice et certains fournisseurs. Ces structures, implantées en France et à l’étranger, auraient permis la facturation de biens et de prestations à des prix artificiellement augmentés. Les sommes ainsi générées auraient ensuite alimenté un circuit de blanchiment profitant aux organisateurs du dispositif. Le volet français du dossier avait été déclenché peu après l’arrestation au Portugal d’Armando Pereira, considéré comme le bras droit de Patrick Drahi, en lien avec les mêmes soupçons. Les perquisitions menées mardi ont visé une quinzaine de domiciles et quatorze sociétés implantées en Île-de-France, en Corse, dans le Var et dans les Vosges. Plus de soixante-dix enquêteurs spécialisés ont été mobilisés par l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales, dans le cadre d’un travail de longue haleine mené en coopération étroite avec les autorités portugaises.
Une opération menée avec le soutien d’Eurojust
La coordination internationale a été essentielle pour permettre le déroulement simultané de ces opérations. Les autorités françaises travaillent en effet depuis plusieurs mois avec le Portugal au sein d’une équipe commune d’enquête mise en place via Eurojust. Cette coopération vise à croiser les informations obtenues dans les deux pays, les soupçons portant sur des mouvements financiers transfrontaliers et des structures implantées hors du territoire national. Le PNF indique que cette phase de saisies et de perquisitions ouvre une nouvelle séquence dans l’affaire, en permettant d’identifier plus clairement les bénéficiaires du système présumé et les circuits financiers utilisés. Les investigations se poursuivent pour déterminer l’ampleur exacte du préjudice subi par Altice et pour établir les responsabilités individuelles dans un dossier qui mêle contrats industriels, réseaux financiers opaques et relations au sommet du groupe de télécommunications.