Ce mercredi 28 janvier, dans la salle des fêtes de l’Élysée, Emmanuel Macron a remis les insignes de chevalier de l’Ordre national du Mérite à Ali Akbar, dernier vendeur de journaux à la criée de Paris. Une distinction qui vient saluer plus de cinquante années passées à arpenter les rues de Saint-Germain-des-Prés, une pile de journaux sous le bras et une voix devenue familière pour des générations d’habitués du quartier.
Très ému, Ali Akbar, 73 ans, avait déjà préparé la manchette qu’il compte bientôt déclamer avec humour dans les rues : « Ça y est, je suis chevalier ! J’ai réussi ! ». Le chef de l’État a salué « la voix de la presse française » et « l’accent du VIe arrondissement », rendant hommage à un parcours singulier, marqué par les épreuves, la ténacité et une intégration exemplaire.

Image : Entrevue

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Né au Pakistan en 1953, Ali Akbar arrive en France au début des années 1970 après un long périple à travers l’Afghanistan, l’Iran, la Turquie puis la Grèce. D’abord plongeur à Rouen, il découvre Paris presque par hasard. Une rencontre avec un vendeur de journaux puis avec Georges Bernier, le professeur Choron, fondateur de Hara-Kiri et Charlie Hebdo, va changer sa vie. Il se lance alors dans la vente de journaux à la criée, choisissant rapidement le quartier de Sciences Po et de Saint-Germain-des-Prés comme terrain de prédilection.
Une figure indissociable de Saint-Germain-des-Prés
Au fil des décennies, sa silhouette, toujours vêtue de blanc, devient indissociable du quartier. Aujourd’hui, il vend principalement Le Monde, une trentaine d’exemplaires par jour, loin des 150 à 200 journaux écoulés à ses débuts. Ses clients, souvent fidèles, lui achètent autant pour le journal que pour le plaisir d’entendre ses titres parodiques, inventés avec humour et une maîtrise savoureuse de la langue française.
Devant l’assemblée, Emmanuel Macron a souligné « une forme d’irrévérence tricolore » dans sa manière de jouer avec les mots, rappelant que « le sol français » lui avait offert « l’espoir d’une vie meilleure » après des années de pauvreté et de violences. Pour le président, Ali Akbar incarne ces parcours qui « rendent notre pays plus fort et plus fier ».
Avec une retraite d’environ 1 000 euros par mois, Ali continue de travailler chaque après-midi et chaque soirée. « La retraite, ce sera au cimetière ! », aime-t-il plaisanter. À l’Élysée, il a assuré qu’il ne comptait rien changer à ses habitudes : retourner dès le lendemain dans les rues de Saint-Germain, vendre ses journaux, saluer ses habitués et faire sourire les passants.
Par cette décoration, la République a rendu hommage non seulement à un homme, mais aussi à une tradition presque disparue, dont Ali Akbar est devenu, au fil du temps, le dernier gardien et l’un des visages les plus attachants de la capitale.