Dix-huit ans après les premiers dépôts de plainte, le tribunal correctionnel de Marseille a tranché. Ce jeudi 15 janvier 2026, les principaux artisans de l’escroquerie immobilière Apollonia ont été lourdement condamnés, mettant un terme judiciaire à l’un des dossiers financiers les plus massifs jamais jugés en France. Jean et Viviane Badache, dirigeants historiques de la société aixoise, ont écopé chacun de sept ans de prison ferme. Une décision immédiatement frappée d’appel par la défense. Le jugement intervient après un procès hors norme, marqué par l’ampleur du préjudice, estimé à près d’un milliard d’euros, et par le nombre exceptionnel de victimes, 762 parties civiles, majoritairement issues des professions libérales. Entre 1997 et 2009, médecins, pharmaciens, universitaires ou cadres supérieurs avaient été convaincus d’investir dans des montages immobiliers présentés comme sécurisés et fiscalement avantageux. La promesse d’un enrichissement progressif par le biais du statut de loueur en meublé professionnel s’est transformée, pour beaucoup, en surendettement durable et en procédures judiciaires à répétition.
Des peines lourdes pour les instigateurs et les rouages du système
Au cœur du dispositif, le couple Badache a été reconnu coupable d’avoir orchestré un système de ventes immobilières reposant sur des évaluations surévaluées, des crédits multiples dissimulés aux banques et une ingénierie juridique destinée à masquer la réalité financière des opérations. Le tribunal a assorti la peine de sept ans de prison ferme d’un mandat de dépôt à effet différé, avec exécution provisoire, ainsi que de 2,5 millions d’euros d’amende pour chacun. Les deux dirigeants se voient également interdire toute activité commerciale et sont frappés par la confiscation de biens estimés à près de 20 millions d’euros, comprenant liquidités, bijoux et plusieurs biens immobiliers en France et à l’étranger. Leur fils, impliqué dans certains rouages de la structure, a été condamné à quatre ans de prison, dont trois avec sursis, ainsi qu’à une amende de 100 000 euros. Autour du noyau dirigeant, plusieurs intermédiaires commerciaux ont eux aussi été sanctionnés, avec des peines allant de trois à cinq ans d’emprisonnement, certaines assorties de sursis ou de détention sous bracelet électronique, en fonction de leur degré d’implication. Le tribunal a également retenu la responsabilité de professionnels du droit. Deux notaires ont été condamnés à des peines de prison partiellement aménagées, accompagnées de lourdes amendes et d’interdictions d’exercer, tandis qu’un avocat poursuivi pour sa participation au montage a écopé de cinq ans de prison, dont deux fermes à domicile, avec une interdiction ciblée d’exercer dans les domaines immobilier et fiscal.
Une reconnaissance judiciaire après dix-huit ans d’attente
Pour les victimes, ce verdict a été accueilli comme une première forme de reconnaissance, après près de deux décennies de procédures, de saisies, de visites d’huissiers et de vies personnelles bouleversées. Beaucoup avaient investi dans plusieurs biens simultanément, convaincus de la solidité du modèle présenté, avant de découvrir l’ampleur des engagements financiers contractés à leur insu. Si la décision marque un tournant symbolique, le temps judiciaire est loin d’être achevé. Les avocats des époux Badache ont annoncé leur intention de faire appel, ouvrant la voie à une nouvelle phase procédurale. Reste désormais la question des indemnisations effectives, enjeu central pour des centaines de familles qui attendent encore que la justice répare, au moins en partie, ce qui est souvent décrit comme dix-huit ans d’enfer financier et moral.