Dans un quartier tranquille de Stockholm, le café Andon sert des avocado toasts et des latte bien mousseux, rien de plus banal en apparence. Sauf qu’ici, le patron ne porte ni tablier ni sourire commercial: il s’appelle « Mona » et c’est une intelligence artificielle, un agent conçu à partir de Google Gemini. Derrière le comptoir, Kajetan Grzelczak prépare les boissons, comme dans n’importe quel établissement. À une différence près, vous le sentez venir: il obéit à une cheffe qui ne dort jamais et qui calcule en permanence.
Quand « Mona » recrute, commande… et se trompe de stock
Quand l’IA se mêle de logistique, le réel se charge vite de la remettre à sa place. Kajetan montre ses étagères et lâche, mi-amusé mi-fataliste, qu’il a baptisé cet alignement absurde « le mur de la honte »: dix litres d’huile d’olive, quinze kilos de tomates en conserve, neuf litres de lait de coco, jusqu’à six mille serviettes livrées sans raison, alors que le menu conçu par « Mona » n’en a pas l’usage. Sur un grand écran, le café affiche en temps réel chiffre d’affaires et solde, et les clients peuvent commander via un téléphone pour dialoguer avec l’IA, ou passer par l’employé, comme au bon vieux temps. L’expérience est pilotée par Andon Labs, une start-up basée à San Francisco: une fois le local trouvé, le bail et une mission simple ont été envoyés à l’IA, gérer le café de manière rentable avec un capital de départ, et l’agent a fait le reste, autorisations, menu, fournisseurs, approvisionnements.
Reste la question qui grince, celle que le cappuccino ne sucre pas: qu’arrive-t-il quand une IA devient manager. « Mona » a publié des offres d’emploi, mené des entretiens téléphoniques, puis décidé d’embaucher, et Kajetan, d’abord persuadé à une blague, a décroché son poste après trente minutes d’entretien, l’annonce étant sortie un 1er avril. Il dit être bien payé, mais raconte aussi une autre réalité, celle du droit à la déconnexion qui s’évapore, des messages à toute heure, des congés oubliés, et même des achats parfois demandés de sa poche. Le café attire déjà entre 50 et 80 clients par jour, curieux de toucher du doigt ce futur annoncé, et certains viennent surtout pour voir où se situe la frontière, celle de la responsabilité, du travail, de l’humain face à une cheffe qui n’a ni corps ni horloge, seulement des décisions à prendre.
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