C’est un monument du paysage médiatique français qui pourrait disparaître. Le projet de loi de finances 2026 prévoit la dissolution de l’Institut national de la consommation (INC) d’ici à mars prochain, entraînant de facto la cession du magazine 60 millions de consommateurs à un acteur privé. Une perspective qui soulève une vive inquiétude parmi les associations de défense des consommateurs et les salariés de l’institution.
Un symbole du service public menacé
Basé à Malakoff et fort d’une soixantaine d’employés, l’INC publie depuis 1970 le magazine 60 millions de consommateurs, référence pour ses tests produits indépendants et ses enquêtes d’intérêt général. Créé en 1966 et transformé en établissement public industriel et commercial en 1990, l’institut a pour mission d’appuyer les associations de consommateurs et de garantir une information neutre sur la qualité et la sécurité des biens de consommation. Mais ses comptes se sont dégradés ces dernières années. Selon Bercy, l’établissement souffrirait d’un déficit structurel jugé « croissant », sans perspective de redressement crédible. Le gouvernement justifie ainsi sa décision par un impératif de rationalisation budgétaire. Le projet de liquidation ouvre la voie à la cession du magazine à un opérateur privé, marquant la fin de près de soixante ans d’existence publique.
Un outil d’intérêt général que les associations refusent de voir disparaître
La réaction ne s’est pas fait attendre. Douze organisations, dont Foodwatch, l’Union nationale des associations familiales (Unaf) et Indecosa-CGT, dénoncent dans un communiqué commun un « projet dangereux et rétrograde ». Elles alertent sur la perte d’un contre-pouvoir indépendant au moment où les fraudes, les tromperies commerciales et les pratiques abusives se multiplient. Toutes appellent à la mobilisation pour préserver un outil qu’elles jugent indispensable à la transparence et à la défense des consommateurs. 60 millions de consommateurs a bâti sa réputation sur son indépendance vis-à-vis des industriels et des annonceurs. Son éventuel passage sous pavillon privé inquiète jusque dans les rangs politiques, certains redoutant une perte d’impartialité dans les enquêtes et comparatifs qui font la crédibilité du titre. Si le gouvernement maintient son calendrier, l’INC fermera ses portes au premier trimestre 2026. L’avenir du magazine, lui, reste suspendu à un repreneur qui devra convaincre qu’il peut poursuivre l’œuvre d’un média unique en son genre : informer les consommateurs, sans jamais dépendre de ceux qu’il critique.