Raúl Rocha, le cerveau du crime organisé qui défie l’État mexicain ? L’édifiante enquête d’El País sur le copropriétaire de Miss Univers. (DR)
Raúl Rocha, le cerveau du crime organisé qui défie l’État mexicain ? L’édifiante enquête d’El País sur le copropriétaire de Miss Univers. (DR)

Selon une enquête menée par El País, un réseau criminel de grande envergure opère sous la direction de Raúl Rocha Cantú, copropriétaire de Miss Univers, et de ses lieutenants Jacobo Reyes León et Jorge Alberto Ponce. Ce groupe ne se limite pas au trafic de drogue classique : il contrôle également le trafic d’armes, la contrebande de carburant, le blanchiment d’argent et la spoliation de biens immobiliers. Les enquêteurs dénoncent la complicité présumée de fonctionnaires, policiers et militaires, qui aurait permis au réseau de fonctionner en toute impunité. Les criminels utilisent des entreprises de sécurité privées comme façades pour organiser la logistique du trafic et blanchir les sommes considérables générées par leurs activités illégales. Ces opérations s’étendent sur plusieurs États du pays, démontrant la portée nationale du réseau et sa sophistication dans la corruption et l’infiltration des institutions.

Du centre du pays à la frontière sud : des territoires sous contrôle

L’enquête d’El País révèle que le réseau agit dans l’État de Mexico, le Querétaro, la capitale et le long de la frontière sud avec le Guatemala, notamment dans l’État de Chiapas. Dans certaines localités, des villages sont transformés en véritables zones de contrôle où des barrages illégaux, des interdictions de circulation et des extorsions s’imposent comme règle quotidienne. La présence des deux principaux cartels du pays, le Cartel de Sinaloa et le Jalisco Nueva Generación, accentue la violence dans ces territoires stratégiques. Depuis 2024, la lutte pour le contrôle de ces zones a provoqué une recrudescence des assassinats, des disparitions, des déplacements forcés de population et de graves violations des droits humains, instaurant un climat de peur permanente pour les habitants.

Une collusion troublante entre le réseau criminel et des agents publics

L’un des aspects les plus troublants révélés par El País concerne la collusion entre le réseau criminel et des agents publics. Dans l’État de Chiapas, plusieurs dizaines de policiers municipaux ont été arrêtés pour leur complicité avec le narcotrafic. Ces agents filtraient des informations sensibles, protégeaient des points de distribution de drogue et entravaient les opérations anti‑narcos. Selon l’enquête, cette infiltration a transformé certaines régions en véritables « narco‑États », où le pouvoir du crime organisé rivalise, voire supplante, celui des institutions officielles. Les conséquences sont considérables : un effondrement de la confiance envers l’État et l’impossibilité pour les populations locales de vivre en sécurité.

Une violence qui frappe directement les populations

Les habitants des zones contrôlées par le réseau vivent sous une menace constante : kidnappings, extorsions, exécutions et disparitions sont monnaie courante. Des fosses clandestines contenant des corps ont été découvertes près de la frontière avec le Guatemala, illustrant la brutalité du conflit entre cartels et la répression exercée contre les civils. Des milliers de personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers, provoquant un exode interne massif et générant des crises humanitaires, tandis que la confiance envers l’État s’effondre. Ces déplacements ont un impact social et économique profond, exacerbant la vulnérabilité des communautés les plus pauvres.

Un conflit armé opposant l’État mexicain aux organisations criminelles

Des experts en sécurité et en droit international qualifient cette situation de conflit armé non international, opposant l’État mexicain aux organisations criminelles. Malgré les multiples opérations de sécurité, les arrestations et les extraditions de figures du trafic, la violence persiste, en grande partie en raison de la capacité des cartels à recruter massivement parmi les jeunes vulnérables dans les zones rurales et pauvres. L’enquête d’El País montre que la pression policière et judiciaire seule est insuffisante : seule une approche globale, intégrant justice, développement social et protection des droits humains, pourra s’attaquer aux racines du phénomène.

Le crime organisé réinventé

Le cas de Rocha Cantú démontre que le crime organisé au Mexique ne se limite plus au trafic de drogue. Le réseau contrôle désormais des activités aussi diverses que le trafic d’armes, la contrebande de carburant, le blanchiment d’argent et la spoliation de biens immobiliers. La collusion avec les institutions publiques, combinée à la violence systématique et aux déplacements forcés, transforme le narcotrafic en une véritable crise humanitaire et sécuritaire. Selon l’enquête d’El País, seule une stratégie globale, structurée et coordonnée sur le long terme pourra espérer contenir cette menace et protéger les communautés touchées.

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