Coincé dans les embouteillages parisiens, Ameur Mansouri, 49 ans, figure majeure du narcobanditisme français, a finalement été arrêté dans le 15e arrondissement de Paris. Après treize années passées dans la clandestinité, celui que les enquêteurs surnommaient « l’insaisissable » est tombé presque par hasard, pris au piège du trafic automobile qu’il fuyait depuis des années.
Une traque discrète et patiente
Il était environ 20 heures lorsque la brigade de recherche et d’intervention (BRI) de Versailles a mis fin à la cavale de ce trafiquant de haut vol. Suivi de près depuis plusieurs jours, Mansouri n’a pas opposé de résistance, se rendant sans un mot aux policiers venus l’interpeller à bord de son véhicule. L’homme, calme et presque fataliste, savait que son arrestation n’était plus qu’une question de temps. Selon une source judiciaire, il se serait montré « beau joueur » au moment de son interpellation. Installé depuis plus d’une décennie au Maroc, où il menait une vie discrète à l’abri des radars, le fugitif revenait régulièrement en France pour « régler ses affaires » en région parisienne. Il séjournait alors dans des hôtels sous de fausses identités, muni de documents falsifiés. Ces allers-retours clandestins, longtemps passés inaperçus, ont fini par trahir le quadragénaire. Les enquêteurs de l’Office central anti-stupéfiants (Ofast), qui l’avaient inscrit dans leur « top 10 » des trafiquants les plus recherchés, ont patiemment reconstitué sa trace jusqu’à ce piège ordinaire : un soir d’embouteillages.
Un passé de violence et de stupéfiants
Originaire d’Île-de-France, Ameur Mansouri s’était forgé dès les années 1990 une solide réputation dans les milieux du narcotrafic. Entre importations de résine de cannabis et réseaux de cocaïne, il avait progressivement gravi les échelons de la criminalité organisée, tout en restant insaisissable pour la justice française. Condamné par contumace à deux reprises, neuf ans de prison en 2017 pour séquestration, puis quinze ans en 2023 pour trafic de stupéfiants, il faisait l’objet de mandats d’arrêt internationaux. Ses activités lui avaient valu d’être considéré par les autorités comme l’un des pivots du trafic entre le Maghreb et la France. Sa fuite au Maroc, où il aurait bénéficié de complicités, n’avait jamais totalement mis fin à ses affaires. Les enquêteurs soupçonnent qu’il continuait à diriger certains circuits depuis l’étranger, en maintenant un contact régulier avec des intermédiaires basés en France.
La fin d’un mythe
Son arrestation met fin à treize années d’humiliation pour les services de police, qui avaient fait de Mansouri une priorité nationale. Pour les enquêteurs de la BRI, l’homme symbolisait la génération des trafiquants professionnels, capables de disparaître sans laisser de trace tout en continuant à brasser des millions. Présenté ce week-end au parquet de Paris, il doit désormais purger ses deux peines de prison avant d’être entendu dans de nouvelles procédures. Dans les rangs de la police, la satisfaction est palpable : après treize ans d’échecs et de rumeurs sur sa présence à l’étranger, l’homme qui se croyait intouchable a été rattrapé… par un simple embouteillage.