Le 2 juin 1740 naît à Paris Donatien Alphonse François de Sade, plus connu sous le nom de marquis de Sade. Écrivain, aristocrate et libertin, il marquera l’histoire par ses écrits transgressifs et ses comportements scandaleux. Enfermé près de 30 ans au cours de sa vie, il meurt à l’asile de Charenton en 1814. Son nom deviendra synonyme de cruauté sexuelle.
Une vie de privilèges et de provocations
Issu d’une grande famille noble provençale, Sade reçoit une éducation soignée et entre très jeune dans l’armée. À 23 ans, il épouse Renée-Pélagie de Montreuil, mais ne renonce pas pour autant à une vie dissolue. Très vite, il se fait remarquer par ses excès : actes de violence, outrages religieux, relations sexuelles tarifées qui tournent au scandale.
Dès 1763, il est emprisonné pour la première fois. Une série d’affaires judiciaires le poursuit pendant des décennies, dont la fameuse affaire Rose Keller en 1768, où il est accusé de sévices. En 1772, il est condamné à mort par contumace à Marseille pour des faits similaires. Sa belle-mère, influente, le fait interner par lettre de cachet en 1777. Il reste enfermé presque sans interruption jusqu’en 1790.
Écrire contre la morale : une œuvre controversée
Privé de liberté, Sade se consacre à l’écriture. Il tente d’abord le théâtre, sans succès, puis se tourne vers la fiction érotique et philosophique. Dans Justine, Juliette ou Les 120 journées de Sodome, il défend une vision radicalement amorale de l’homme : la vertu y est punie, le vice récompensé.
Contrairement à Rousseau, Sade voit l’homme comme fondamentalement mauvais. Il rejette la morale, la religion, la loi, et place les pulsions au centre de l’existence humaine. Ce discours, amplifié par des descriptions de violences sexuelles extrêmes, choque profondément son époque — et les suivantes.
Après une brève liberté sous la Révolution, il est à nouveau arrêté en 1801, cette fois sous le Consulat, et enfermé à Charenton, où il meurt le 2 décembre 1814. Ses manuscrits, parfois sauvés de justesse, circulent clandestinement tout au long du XIXe siècle.
Il faut attendre le XXe siècle pour que son œuvre soit réévaluée, notamment par les surréalistes. Publiée dans La Pléiade en 1990, elle continue à diviser. Sade est-il un philosophe de la liberté ou un simple provocateur ? Un penseur à part entière ou un homme déséquilibré ? Le débat reste ouvert, comme son héritage.