Près d’un an après le procès médiatique des viols de Mazan, l’affaire qui a bouleversé la France, Caroline Darian, fille de Gisèle et Dominique Pelicot, a brisé le silence lors d’une interview accordée au Telegraph. Elle y raconte son isolement, sa douleur et la rupture définitive avec sa mère. Celle qui se considère comme « la victime oubliée » de ce procès affirme ne jamais pouvoir pardonner à Gisèle Pelicot son attitude dans et après l’audience.
Une relation mère-fille brisée à jamais
Caroline Darian explique avoir accompagné sa mère pendant plusieurs années avant le procès, l’avoir soutenue et défendue, malgré les zones d’ombre et les tensions autour du rôle de son père, Dominique Pelicot. Mais au cœur de l’audience, la fracture s’est produite. Selon elle, sa mère lui aurait reproché de « se donner en spectacle », l’empêchant d’exprimer sa propre douleur et ses soupçons d’avoir elle aussi été droguée et abusée.
Pour Caroline, cette absence de soutien maternel dans la salle d’audience représente une trahison irrémédiable : « Ma mère a lâché ma main ce jour-là. Je ne pourrai jamais lui pardonner. »
Une « victime oubliée » du procès de Mazan
Si le procès a mis en lumière l’horreur subie par Gisèle Pelicot, droguée à son insu et livrée à des dizaines d’hommes pendant près de dix ans par son mari, Caroline Darian dénonce pour sa part une invisibilisation de sa propre souffrance. Elle affirme avoir été également victime de soumission chimique et d’abus sexuels, ce que sa mère a toujours refusé de croire.
Des éléments troublants ont pourtant été retrouvés lors de l’enquête : une photo de Caroline inconsciente et partiellement dénudée, ainsi que des échanges en ligne laissant penser que son père avait diffusé des images compromettantes d’elle. Dominique Pelicot, condamné à vingt ans de réclusion pour les sévices infligés à son épouse, a toujours nié avoir drogué ou agressé sa fille.
Le poids du silence et de l’isolement familial
Pour Caroline Darian, le verdict n’a pas marqué une délivrance, mais une chute plus profonde encore. Elle confie avoir sombré après le procès, au point de vouloir mettre fin à ses jours. Elle dit avoir perdu à la fois son père, qu’elle aimait malgré tout, mais aussi sa mère, devenue pour elle une étrangère. À travers ce double deuil, elle évoque la perte de son enfance et de sa famille tout entière : « Nous n’avons plus ni père ni mère. Nous sommes seuls. »
Le contraste avec l’image publique de Gisèle Pelicot
Tandis que Gisèle Pelicot est devenue une figure médiatique internationale de la lutte contre les violences sexuelles et conjugales, sa fille ne partage pas cette vision. Pour Caroline, l’icône célébrée dans les médias ne correspond pas à la mère qui, selon elle, l’a abandonnée au moment crucial. Elle rappelle que derrière la lumière médiatique, ses frères et elle continuent de vivre avec les blessures, les doutes et l’absence de réponses.
« Ma mère n’est pas une icône, pas pour moi », tranche-t-elle. Un constat amer, mais porteur d’une attente : que Gisèle Pelicot, un jour, « regarde en arrière » et reconnaisse la souffrance de ses propres enfants.
Une quête de justice qui continue
En mars 2025, Caroline Darian a décidé de porter plainte à son tour contre son père pour administration de substances psychoactives et abus sexuels. Une démarche judiciaire distincte, qui témoigne de sa volonté de ne pas rester dans l’ombre et de faire entendre sa voix, malgré le poids du déni familial.
L’affaire des viols de Mazan révèle ainsi une dimension supplémentaire : celle d’une fille en quête de reconnaissance, de justice et d’écoute, face à une mère devenue figure publique mais absente dans le cercle intime…