Des scientifiques explorent la région du cerveau responsable de la conscience
Des scientifiques explorent la région du cerveau responsable de la conscience

La conscience est l’essence même de l’existence humaine — elle permet de voir, d’entendre, de rêver, d’imaginer, de ressentir la douleur, le plaisir, la peur, l’amour et bien plus encore. Mais où se trouve précisément cette conscience dans le cerveau ? Cette question a longtemps intrigué les scientifiques et les médecins. Une nouvelle étude apporte aujourd’hui un éclairage inédit sur le sujet.

Dans le but d’identifier les régions cérébrales responsables de la conscience, des neuroscientifiques ont mesuré l’activité électrique et magnétique, ainsi que le flux sanguin, dans les cerveaux de 256 personnes réparties dans 12 laboratoires aux États-Unis, en Europe et en Chine. Ces mesures ont été effectuées pendant que les participants observaient diverses images, permettant de suivre l’activité dans différentes zones du cerveau.

Les chercheurs ont découvert que la conscience ne proviendrait peut-être pas de la partie « intelligente » du cerveau — les régions frontales où se déroule la pensée, développées au fil de l’évolution humaine — mais plutôt des zones sensorielles situées à l’arrière du cerveau, responsables du traitement de la vision et de l’audition, selon l’agence Reuters.

« Pourquoi est-ce important ? », interroge le neuroscientifique Christof Koch, de l’Institut Allen à Seattle, l’un des principaux auteurs de l’étude publiée cette semaine dans la revue Nature.

Il explique : « Si nous voulons comprendre le fondement de la conscience et savoir qui en dispose — les adultes, les enfants avant l’acquisition du langage, le fœtus au deuxième trimestre, le chien, la souris, la pieuvre, le corbeau ou la mouche —, nous devons identifier les mécanismes fondamentaux dans le cerveau ».

Les participants ont ainsi été exposés à des images de visages et d’objets variés.

« La conscience, c’est ce que l’on ressent lorsqu’on voit le dessin d’un grille-pain ou le visage d’une personne », précise Koch. « Ce n’est pas le comportement associé à ce ressenti, comme appuyer sur un bouton ou dire “je vois telle personne” ».

Les chercheurs ont mis à l’épreuve deux grandes théories scientifiques sur la conscience. Selon la théorie de l’espace de travail neuronal global, la conscience prend forme dans les régions frontales du cerveau, avant que l’information ne se diffuse largement. En revanche, la théorie de l’information intégrée affirme que la conscience naît de l’interaction et de la coopération entre différentes régions du cerveau, qui fusionnent l’information perçue pour créer l’état conscient. Les résultats de l’étude ne corroborent clairement aucune des deux théories.

Où réside la conscience ?

« Où se trouvent les marqueurs neuronaux de la conscience ? », s’interroge Koch. « Sont-ils situés à l’avant du cortex, dans des régions comme le cortex préfrontal, comme le prévoit la théorie de l’espace de travail neuronal global ? »

Le cortex préfrontal, siège des fonctions cognitives supérieures comme la planification, la prise de décision, la réflexion, l’expression de la personnalité et la régulation sociale, est ce qui rend notre espèce unique.

« Ou bien ces marqueurs sont-ils localisés dans les régions postérieures du cortex ? », poursuit Koch. C’est dans cette zone que sont traitées la vision et l’audition.

« Les preuves s’accumulent en faveur du cortex postérieur », conclut-il. « Soit les signaux de conscience ne sont pas présents à l’avant, soit ils y sont bien plus faibles qu’à l’arrière. Cela appuie l’idée selon laquelle les lobes frontaux, bien qu’indispensables à l’intelligence, au raisonnement, au jugement, etc., ne jouent pas un rôle décisif dans la perception visuelle consciente ».

Cependant, l’étude n’a pas permis de confirmer suffisamment d’interconnexions durables dans la région postérieure du cerveau pour valider la théorie de l’information intégrée.

Comprendre les dynamiques de la conscience a aussi des implications pratiques.

Selon Koch, ces connaissances pourraient transformer la manière dont les médecins prennent en charge les patients dans le coma ou en état de conscience minimale, une condition dans laquelle une personne semble éveillée mais ne montre aucun signe de conscience, souvent à la suite d’un traumatisme crânien, d’un AVC, d’un arrêt cardiaque ou d’une surdose de drogue.

Chez ces patients, 70 à 90 % meurent en raison d’une décision de mettre fin aux soins vitaux.

« Pourtant, nous savons aujourd’hui qu’environ un quart de ces patients sont partiellement conscients sans pouvoir le signaler », déclare Koch, faisant référence à une étude publiée l’an dernier dans le New England Journal of Medicine.

« Identifier les traces de la conscience dans le cerveau nous permettrait de mieux détecter cette forme invisible d’existence, même sans possibilité de communication ».

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