À Saint-Étienne, les médecins peuvent désormais prescrire autre chose que des médicaments : des paniers de fruits et légumes bio. Ce dispositif inédit, baptisé « ordonnance verte », vise à soutenir la santé des femmes enceintes tout en promouvant une alimentation plus saine et durable.
Des paniers bio remboursés par la prévention
L’initiative s’inscrit dans le plan cancer de la Ville, en partenariat avec la Communauté Professionnelle Territoriale de Santé (CPTS) du Grand Saint-Étienne. Concrètement, 80 futures mamans recevront chaque semaine un panier de produits bio, offert de leur quatrième à leur huitième mois de grossesse. Les bénéficiaires sont sélectionnées selon deux critères : être enceinte de leur premier enfant et disposer d’un quotient familial inférieur ou égal à 1 000 euros. Ces « prescriptions alimentaires » se font sur ordonnance classique, délivrée par un professionnel de santé lors des consultations de suivi. Les femmes concernées n’ont donc aucune démarche à entreprendre, si ce n’est de récupérer leurs paniers dans l’un des points de collecte prévus à Saint-Étienne, La Talaudière ou Roche-la-Molière. L’opération est financée par la Ville et la CPTS, chacune prenant en charge quarante participantes. Pour les porteurs du projet, l’objectif est clair : prévenir plutôt que guérir, en améliorant la nutrition dès la grossesse.
Des ateliers pour renforcer l’accompagnement
Ces paniers gratuits s’accompagnent d’un volet éducatif. Les bénéficiaires devront suivre deux ateliers obligatoires : l’un sur les perturbateurs endocriniens, l’autre sur la manière de cuisiner les légumes du panier. D’autres sessions, facultatives, aborderont la santé mentale, l’activité physique, le sommeil ou encore l’allaitement. Pour Laetitia Vaz Da Costa, directrice de la CPTS, cette approche constitue « une prévention primaire », c’est-à-dire une action qui vise à éviter l’apparition des maladies plutôt qu’à en traiter les conséquences. Elle rappelle que sensibiliser les mères, c’est aussi influencer positivement la santé des enfants à venir. Le vice-président de la CPTS, André Simmonet, y voit une manière d’inciter les futures mamans à rejoindre plus facilement d’autres programmes de suivi, comme celui des « 1 000 premiers jours », qui peine à recruter. Selon lui, les ordonnances vertes pourraient être une porte d’entrée vers un accompagnement plus global et moins contraignant. Inspirée d’expériences déjà menées à Strasbourg et à La Rochelle, l’initiative stéphanoise n’a pas encore fait l’objet d’une évaluation scientifique. Mais les retours des professionnels sont encourageants : les femmes suivies disent vouloir poursuivre leurs efforts et intégrer davantage de légumes dans leur alimentation. À Saint-Étienne, la santé publique passe désormais aussi par le marché bio.