À Mundri, dans l’État d’Équatoria-Occidental, la vie de Joy Falatiya a basculé en mars 2024 lorsque son mari l’a chassée de chez elle avec leurs cinq enfants. Sans abri et sans ressources, cette mère de 35 ans a sombré dans le désespoir, allant jusqu’à envisager de se suicider avec ses enfants. Ce n’est qu’après avoir trouvé refuge et reçu un accompagnement à la clinique locale de santé mentale qu’elle a progressivement retrouvé un certain équilibre. Depuis avril, elle bénéficie d’un suivi psychosocial qui a dissipé ses pensées suicidaires, même si la pauvreté et l’incapacité de scolariser ses enfants restent des fardeaux quotidiens.
La clinique de Mundri fait partie d’un projet lancé fin 2022 pour offrir, pour la première fois, des services de santé mentale à plus de 20 000 personnes dans ce pays marqué par la guerre civile. Porté par Amref Health Africa et ses partenaires, le programme repose sur un maillage de centres de santé gouvernementaux, de paroisses catholiques et de stations de radio locales. Mais son avenir est incertain : le financement, assuré par des donateurs italiens et grecs, arrive à échéance en novembre.
Dans un Soudan du Sud ravagé par les conflits et la pauvreté — plus de 90 % de la population vit avec moins de 2,15 dollars par jour —, l’accès aux soins psychiatriques reste extrêmement limité. Selon l’OMS, le pays affiche le quatrième taux de suicide le plus élevé d’Afrique. Les déplacements massifs liés aux affrontements, la violence sexiste et l’insécurité chronique aggravent la détresse psychologique, en particulier chez les déplacés internes.
Les professionnels de santé alertent : plus d’un tiers des personnes examinées dans le cadre du projet présentent des signes de détresse ou de troubles mentaux. Le ministère de la Santé, qui ne compte que quelques psychiatres, insiste sur la nécessité d’outiller les communautés pour briser le cycle du traumatisme. Des ONG comme Caritas tentent d’y répondre avec des programmes collectifs de gestion du stress, mais la pérennité de ces initiatives dépend entièrement des financements extérieurs, en recul ces dernières années.
Pour Falatiya, la clinique représente un filet de sécurité indispensable. Si le centre venait à fermer faute de moyens, elle craint de ne plus avoir d’aide en cas de rechute. Un risque qui, selon les acteurs de terrain, menace des milliers de Sud-Soudanais pour qui l’accès à un soutien psychologique peut faire la différence entre la survie et l’effondrement.