Les chirurgies de l’obésité aident à perdre une grande quantité de poids, ce qui favorise un mode de vie plus sain et une perception renouvelée de soi. Cependant, certains patients échouent à percevoir cette transformation positive.
Contrairement à ce qu’ils attendaient, ils ne ressentent ni bonheur ni accomplissement malgré le changement physique notable et la perte de nombreux kilogrammes. Ils ont l’impression d’être toujours aussi lourds, se voient dans des dimensions similaires à celles de leur poids précédent et adoptent une vigilance excessive lorsqu’ils se déplacent dans des espaces étroits ou franchissent des portiques. Ils ont peur de heurter un étagère en faisant leurs courses. Ce phénomène est appelé « syndrome de la graisse imaginaire ».
Qu’est-ce que le syndrome de la graisse imaginaire ?
C’est un phénomène psychologique où les personnes ayant perdu une grande quantité de poids continuent de se percevoir comme obèses, malgré un changement physique évident. Ce syndrome tend à se multiplier avec l’augmentation des chirurgies de l’obésité et la popularité des médicaments de perte de poids rapide tels que Ozempic et Monjaro.
Les chercheurs décrivent le syndrome de la « graisse imaginaire » comme une forme de dissociation entre le corps et l’esprit. Bien que le poids ait diminué de manière visible et rapide, l’esprit persiste à rejeter cette réalité et ne parvient pas à y croire. La docteure Rachel Goldman, spécialiste en pédiatrie et en médecine adolescente, explique que cela est lié à la façon dont nos cerveaux fonctionnent et à l’image qu’ils ont stockée pendant des années. Elle a ajouté au site (Verywell Mind) : « Malheureusement, les personnes qui ont souffert de l’obésité pendant de nombreuses années et qui ont perdu du poids rapidement, n’arrivent pas à s’adapter aussi vite que leur corps. Bien qu’elles voient une personne plus en forme dans le miroir, leur esprit ne reconnaît que la version plus grosse, ou elles hésitent à accepter cette nouvelle image, craignant qu’elle ne dure pas. »
La relation complexe entre notre corps physique et psychologique
De nombreuses études ont révélé que la reconnaissance de l’image corporelle après une perte de poids est retardée. Une étude publiée en 2018 dans le « Journal of Clinical Nursing » a montré que de nombreuses femmes ne parvenaient pas à accepter ou à reconnaître leur nouveau corps même après 18 à 30 mois suite à une chirurgie bariatrique.
Une autre étude menée par Joshua Herabowski en 2004, un psychologue étudiant l’image corporelle et offrant des consultations après des chirurgies de l’obésité, a fait un lien entre le syndrome de la graisse imaginaire et le concept du « membre fantôme », où les personnes ayant perdu un bras ou une jambe ont l’impression que le membre amputé est toujours là, leur causant des douleurs ou des démangeaisons.
Dans une étude publiée dans le « Body Image Journal », Herabowski et ses collègues ont interrogé 165 femmes et ont constaté que celles ayant souffert de surpoids par le passé avaient une perception négative d’elles-mêmes, une insatisfaction de leur apparence et étaient constamment préoccupées par l’image de leur corps. Elles éprouvaient une faible estime de soi et un manque de satisfaction dans leur vie, des sentiments similaires à ceux observés chez les femmes obèses actuelles.
Une forme de trouble de l’image corporelle
Les experts affirment également que le syndrome de la « graisse imaginaire » est une forme de trouble de l’image corporelle, car les personnes touchées se concentrent sur des défauts apparents ou perçus dans leur apparence physique, souvent des défauts qui sont invisibles aux yeux des autres.
Ces personnes peuvent adopter des comportements obsessionnels comme vérifier leur apparence dans le miroir de manière répétée par insécurité, chercher des validations pour se rassurer ou se comparer aux autres pour répondre à leurs préoccupations constantes concernant leur apparence. Ces comportements entraînent souvent des luttes émotionnelles et psychologiques affectant leurs relations, ainsi que leur vie sociale et professionnelle.
Pourquoi le syndrome de la graisse imaginaire se produit-il ?
Notre image de soi se forme au fil des années à travers des expériences personnelles, des normes sociales et divers autres facteurs. Ainsi, des changements externes comme la perte de poids ne suffisent pas à résoudre les conflits émotionnels sous-jacents ou à améliorer l’image de soi perçue.
Le coach sportif reconnu, Kevin Richardson, l’explique sur son blog : « Pour de nombreux hommes et femmes, la perte de poids n’est qu’une partie de la bataille, et ce n’est en aucun cas une victoire totale dans la guerre de l’amélioration de soi. »
Kevin souligne que les cicatrices émotionnelles laissées par des années passées avec un corps socialement inacceptable ou responsable de la dévalorisation personnelle peuvent persister longtemps après la perte de poids. De plus, l’obésité demeure l’une des stigmatisations sociales les plus persistantes dans de nombreuses sociétés.
Comment surmonter le syndrome de la graisse imaginaire ?
Il peut falloir du temps pour s’adapter à son nouveau corps. Vous pouvez maintenir votre bien-être émotionnel et mental après avoir perdu du poids en :
Thérapie cognitivo-comportementale : Elle aide les individus à identifier leurs perceptions déformées et à aligner leurs pensées avec leur image corporelle. Une étude menée par l’Université de Messine en Italie en 2022 a révélé que des problèmes comme le relâchement de la peau après une perte de poids peuvent être une source de pensées négatives et affecter l’image corporelle et l’estime de soi. L’étude recommande la thérapie psychologique et la consultation avec des spécialistes de la santé mentale après la chirurgie pour favoriser une acceptation positive des changements.
Techniques de pleine conscience et de gestion du stress : Des pratiques d’auto-soin comme la pleine conscience, la méditation et le yoga renforcent la conscience des émotions et des pensées tout en réduisant le stress et l’anxiété, qui aggravent souvent les symptômes du syndrome de la graisse imaginaire.
Reconnaître et apprécier ses réussites : Profitez de vos réalisations et soyez fier de ce que vous avez accompli, comme votre capacité à monter les escaliers différemment, à lacer vos chaussures plus facilement, ou à participer à des activités avec vos enfants ou même courir après votre animal de compagnie dans le jardin.
Essayer de nouvelles activités : Choisissez une activité que vous n’auriez pas pu faire auparavant parce qu’elle était trop difficile ou impossible, comme courir, par exemple.
Comparer vos photos avant et après : Prenez des photos récentes et comparez-les avec vos anciennes pour aider votre cerveau à reformer votre image de soi.
Vêtements adaptés : Vous devrez peut-être remplacer vos anciens vêtements par des modèles, couleurs et tailles qui conviennent à votre nouvelle silhouette. Demandez à vos amis de vous aider à choisir des vêtements qui favorisent des sentiments positifs.
Enfin, soyez doux et patient avec vous-même en affrontant les pensées négatives qui nourrissent la honte et l’auto-critique. Remplacez-les par des affirmations d’estime de soi, entourez-vous de personnes positives et rappelez-vous que votre valeur personnelle ne dépend pas de la taille du pantalon que vous portez.
SANTÉ – Syndrome de la « graisse imaginaire » : pourquoi certains obèses ne se sentent-ils pas heureux après avoir perdu du poids ?