Post-partum - la dépression mieux reconnue mais le corps toujours passé sous silence @empyre
Post-partum - la dépression mieux reconnue mais le corps toujours passé sous silence @empyre

La parole se libère, mais le tabou résiste. En 2025, une mère sur dix sombre encore dans une dépression post-partum, selon une enquête menée par Qare avec OpinionWay. C’est trois points de plus qu’en 2021. Si les jeunes générations osent davantage témoigner, le corps, lui, reste relégué au second plan : fatigue, troubles digestifs, douleurs intimes ou incontinence continuent d’être tus. Les chiffres révèlent un contraste frappant. Plus de sept mères sur dix parlent désormais de leur fragilité psychique, contre à peine plus de la moitié quatre ans plus tôt. L’information circule mieux, les professionnels de santé sont mieux formés et pourtant, 84 % des femmes disent se sentir encore culpabilisées par la société. L’écart se creuse aussi entre milieux sociaux : les femmes issues de catégories favorisées consultent deux fois et demie plus de spécialistes que les autres.

Un fardeau inégalement partagé

L’étude souligne que les pères ne sont pas épargnés. Quatorze pour cent reconnaissent avoir traversé des difficultés psychiques après une naissance. Pourtant, plus de la moitié estiment encore que la dépression post-partum ne les concerne pas, et un tiers avoue ne pas vraiment savoir de quoi il s’agit. Les moins de 35 ans paraissent mieux informés, mais les fractures générationnelles persistent. Sur le plan physique, la liste des maux est longue et connue : chute de cheveux, troubles du sommeil, fatigue persistante. Plus difficile à aborder restent les troubles de la sexualité, l’incontinence ou les douleurs intimes, évoqués par une minorité seulement. Du côté des hommes, les insomnies, migraines et prises de poids s’invitent également dans l’après-naissance. Autant de réalités invisibilisées, où la pudeur pèse encore plus lourd que la douleur. Les chiffres le montrent : la dépression post-partum n’est plus un non-dit, mais elle reste une épreuve massive. Et si les regards évoluent, le corps des mères continue, lui, d’être relégué dans l’ombre. Derrière les statistiques, c’est une bataille culturelle qui s’esquisse : celle de la reconnaissance d’une réalité encore largement passée sous silence.

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