Dans les agences France Travail, près d’un millier de psychologues tentent de soutenir des demandeurs d’emploi parfois profondément fragilisés par un licenciement, un harcèlement ou un parcours professionnel chaotique. Mélanie Cordazzo, psychologue à Ingré (Loiret), accompagne ainsi une quarantaine de personnes en grande perte de repères, souvent jeunes diplômés ou travailleurs brisés par leur expérience passée. Leur mission : aider chacun à reconstruire une image de soi positive et à comprendre les blocages qui freinent un retour durable à l’emploi.
Souffrances invisibles et détresse sociale
Ces rendez-vous sont aussi l’occasion de voir émerger d’autres douleurs, bien au-delà du travail. Violences sexuelles, troubles liés à l’épuisement, burn-out, traumatisme… Les psychologues de France Travail, non cliniciens, doivent souvent orienter vers des spécialistes. Ils constatent également un phénomène croissant : « l’épuisement de la recherche d’emploi », quand la pression, la culpabilité et les exigences administratives vident les chômeurs de leur énergie. Dans un contexte où seuls 40 % des inscrits touchent une allocation et où la durée d’indemnisation a été encore réduite, la détresse financière aggrave la fragilité psychologique.
Manque de moyens et contradictions de la mission
Face à une demande immense, les psychologues dénoncent un manque criant de moyens. Leur rôle d’écoute se heurte parfois aux objectifs de France Travail, recentrés sur un retour rapide à l’emploi : une « paradoxalité » pointée dès 2024 par des chercheurs. Malgré cela, beaucoup soulignent l’impact positif de ces entretiens, qui permettent aux personnes « d’être reconnues dans leur souffrance ». Un enjeu crucial dans une société où le chômage reste fortement stigmatisé.