Le constructeur français de cœurs artificiels Carmat échappait à une issue fatale après plusieurs mois d’incertitude financière. Le tribunal des affaires économiques de Versailles validait en effet l’unique offre déposée pour reprendre l’entreprise, celle présentée par Pierre Bastid, déjà président du conseil d’administration et actionnaire significatif de la société. La décision mettait fin à une période de redressement judiciaire entamée en juillet, quelques jours seulement après l’annonce de la cessation de paiements qui avait plongé Carmat dans une crise profonde. Le jugement précisait que la cession de la société anonyme vers une nouvelle structure, la SAS Carmat, permettrait d’assurer la continuité des opérations et d’éviter la disparition d’un acteur longtemps considéré comme l’une des vitrines de l’innovation médicale française. Ce projet de reprise s’appuyait sur l’engagement conjoint de Pierre Bastid et de la holding familiale Ligresti, Santé Holding, également actionnaire historique. Ensemble, ils proposaient une injection immédiate de capitaux, évaluée à environ 30 millions d’euros à verser d’ici la fin janvier, afin de redonner de l’oxygène financier à une entreprise en manque chronique de trésorerie. Le plan prévoyait également une réduction d’un peu plus de dix pour cent des effectifs et la sortie prochaine de la cotation, une manière d’alléger la pression boursière qui pesait sur la société depuis plusieurs années. Dans la vision présentée au tribunal, cette restructuration devait permettre de recentrer l’activité sur la stabilisation du cœur artificiel Aeson et sur la relance d’un programme industriel et clinique mis à mal par une série de crises successives.
Un symbole technologique fragilisé par les défauts et par la Bourse
La chute de Carmat s’expliquait en grande partie par la spirale de pertes financières qui rongeait la société depuis sa création en 2008. L’entreprise, longtemps perçue comme un fleuron de la recherche biomédicale, avait régulièrement alerté sur ses besoins en liquidités. L’annonce de sa cessation de paiements, le 30 juin, révélait l’impossibilité de réunir les fonds permettant de poursuivre l’activité. Le cours de son action, autrefois valorisé à plus de cent euros, avait dévissé jusqu’à atteindre à peine quelques dizaines de centimes. Cette dégringolade illustrait la défiance du marché, amplifiée par des contretemps répétés dans le développement du dispositif. Le cœur artificiel Aeson, pièce maîtresse du projet Carmen, avait connu plusieurs suspensions d’implantation après des dysfonctionnements signalés entre fin 2021 et l’automne 2022. Deux patients avaient perdu la vie, conduisant l’entreprise à revoir ses procédures et à apporter des améliorations techniques. Malgré sa première implantation réussie en 2014 et les espoirs que suscitait l’idée d’un cœur définitif capable de remplacer durablement un organe défaillant, ces incidents avaient fragilisé la confiance des investisseurs. Le modèle économique de la société, basé sur une forte consommation de liquidités et des cycles de développement longs, supportait mal la moindre irrégularité dans le calendrier.
Une relance encore fragile mais décisive pour l’avenir
Avec cette décision du tribunal, Carmat obtenait un sursis décisif. Le projet porté par Pierre Bastid visait à consolider les bases financières tout en simplifiant la structure de l’entreprise, notamment par la sortie de la cote et la réduction des charges salariales. L’enjeu consistait désormais à restaurer la crédibilité du dispositif Aeson et à convaincre partenaires et autorités sanitaires de la maturité du produit. Les promoteurs de la reprise mettaient en avant un repositionnement stratégique susceptible de stabiliser l’activité, tout en poursuivant l’ambition initiale, celle de transformer la prise en charge de l’insuffisance cardiaque biventriculaire. La nouvelle entité, une fois opérationnelle, devrait concentrer ses efforts sur la fiabilité du dispositif et sur la capacité à financer les prochaines étapes industrielles. Malgré les difficultés des dernières années, l’entreprise conservait une avance technologique dans un domaine où les alternatives sont encore rares. Le jugement du tribunal marquait donc une étape critique, offrant à Carmat la possibilité de réaffirmer sa place dans le paysage médical, à condition que les promesses de financement et de restructuration se concrétisent dans les mois à venir.