Casino, des ventes quasi stables mais une dette à renégocier: le pari risqué de Daniel Kretinsky
Casino, des ventes quasi stables mais une dette à renégocier: le pari risqué de Daniel Kretinsky

Derrière une activité qui semble se stabiliser, l’équation financière reste explosive. En 2025, le groupe Casino affiche un chiffre d’affaires de 8,26 milliards d’euros. À première vue, la performance est modeste, avec un recul brut de 2,5% sur un an. Mais à périmètre comparable, les ventes progressent légèrement de 0,5%, signe d’un frémissement après une restructuration massive marquée par la cession ou la fermeture d’environ un millier de magasins.

Le distributeur stéphanois, propriétaire notamment de Monoprix, Franprix, Naturalia, Spar, Vival et CDiscount, revendique la poursuite de son redressement. La consommation demeure toutefois atone, notamment en fin d’année, où les ménages ont réduit leurs dépenses sur les produits festifs. Monoprix, moteur historique du groupe, recule de 0,5% au quatrième trimestre, même si l’exercice annuel reste légèrement positif. Franprix, de son côté, enregistre une baisse annuelle de 0,4%, pénalisé par l’arrêt de la vente en ligne sur son propre site au profit de plateformes tierces.

Un plan Horizon 2030 ambitieux mais conditionné

Pour relancer la dynamique, la direction mise sur l’expansion du modèle de franchise. Le plan stratégique Horizon 2030 prévoit l’ouverture de 430 nouveaux points de vente, dont 200 pour Franprix, 20 pour Naturalia et 210 pour les enseignes de proximité. Ce développement repose sur un modèle allégé, 85% des 6 500 magasins du groupe étant déjà exploités en franchise ou en location-gérance.

Cette stratégie vise à limiter les investissements directs tout en renforçant la présence territoriale. Mais elle reste suspendue à la résolution d’un enjeu majeur, la restructuration d’une dette de 1,4 milliard d’euros arrivant à échéance en mars 2027. Daniel Kretinsky, via sa holding France Retail Holdings, propose d’injecter 400 millions d’euros de fonds propres. En contrepartie, il demande aux créanciers d’abandonner 500 millions d’euros de créances afin de ramener la dette nette à 900 millions. Cette proposition vise à alléger le bilan et à sécuriser l’avenir du groupe.

Un bras de fer avec les créanciers

La négociation est loin d’être acquise. Les fonds anglo-saxons, notamment Monarch et Attestor, contestent la nécessité d’un nouvel apport en capital par l’actionnaire majoritaire, qui détient déjà 53% du groupe. Ils redoutent que cette opération ne renforce encore son contrôle au capital. Les banques françaises, exposées à hauteur de 1,7 milliard d’euros, apparaissent plus conciliantes, estimant qu’une recapitalisation constitue un préalable indispensable à toute restructuration crédible.

Les discussions, menées notamment sous l’égide du cabinet Weil, Gotshal & Manges, doivent aboutir avant la fin du deuxième trimestre 2026. En parallèle, la publication des résultats annuels complets a été repoussée au 31 mars, signe de la complexité du dossier.

Casino tente aussi de solder le passé en renonçant à faire appel de sa condamnation pour corruption sous l’ère Naouri, acceptant une amende de 40 millions d’euros afin de tourner la page judiciaire. L’enjeu dépasse les seuls chiffres de ventes. Sans accord sur la dette, le groupe ne pourra ni rembourser ni refinancer ses échéances. Pour Daniel Kretinsky, l’opération constitue à la fois une tentative de consolidation stratégique et un pari sur la capacité de Casino à redevenir un acteur durable de la distribution française.

Partager