Le gouvernement australien a annoncé mercredi l’extension de son interdiction des réseaux sociaux pour les adolescents à la plateforme YouTube, propriété de Google (Alphabet), annulant ainsi une exemption qui faisait polémique. Cette décision place l’Australie à la pointe de la régulation mondiale en ligne, en imposant des restrictions d’accès aux plateformes numériques les plus populaires chez les jeunes.
L’interdiction, déjà annoncée en juin pour d’autres réseaux sociaux tels que TikTok, Instagram et Snapchat, doit entrer en vigueur en décembre prochain. Le Premier ministre Anthony Albanese a déclaré que cette extension à YouTube répondait à la volonté de protéger la santé mentale des jeunes face à un environnement numérique qu’il juge devenu toxique. « J’y mets un terme », a-t-il affirmé dans un communiqué. « Je veux que les parents australiens sachent que nous les soutenons. »
Le revirement du gouvernement fait suite aux recommandations du régulateur australien de l’Internet, qui a cité une enquête révélant que 37 % des mineurs ont été exposés à du contenu préjudiciable sur YouTube — un taux plus élevé que sur toutes les autres plateformes examinées. Ces données ont mis à mal l’argument de YouTube selon lequel il s’agirait d’un site de partage de vidéos, et non d’un réseau social à proprement parler.
Jusqu’à présent, YouTube soutenait que son modèle économique, centré sur l’hébergement de vidéos, le distinguait des autres réseaux sociaux basés sur les interactions sociales directes. Pourtant, les fonctions de commentaires, de partages, de live chat et d’algorithmes de recommandation ciblée le rendent tout aussi influent, voire plus, dans la consommation de contenus par les adolescents.
La décision australienne pourrait avoir des répercussions bien au-delà de ses frontières. Elle pose en effet un précédent juridique et réglementaire susceptible d’inspirer d’autres pays soucieux de limiter l’impact des plateformes numériques sur les jeunes. Certains acteurs de l’industrie tech ont déjà évoqué une possible contestation judiciaire, jugeant cette mesure excessive et impraticable à grande échelle.
L’Australie, qui s’est illustrée ces dernières années par une régulation musclée des géants du numérique, assume ici une nouvelle position de rupture. En érigeant la santé mentale des mineurs en priorité nationale, le gouvernement Albanese confirme sa volonté de contraindre les plateformes à rendre des comptes sur leurs effets sociaux, au-delà de leur simple activité commerciale.