Révélée sur les scènes de stand-up belges avant d’élargir progressivement son public en France et au Canada, l’humoriste Ilona Dufrêne, connue sous le nom de scène ilona, poursuit actuellement la tournée de son spectacle Grave, qu’elle présentera ce samedi au comedy club Chez Guillaume à Namur. Lauréate du concours jeunes talents du festival Namur is a Joke en 2024, chroniqueuse depuis novembre 2025 dans La Riposte sur Radio Nova aux côtés d’Akim Omiri, l’humoriste belge s’impose peu à peu comme l’un des nouveaux visages du stand-up francophone. Entre autodérision, humour générationnel, engagement et sincérité, elle développe un univers très personnel qui séduit autant sur scène qu’à la radio. Pour Entrevue, elle revient sur son spectacle Grave, son arrivée sur Radio Nova et sa vision du stand-up aujourd’hui.
« La Belgique a une vraie culture de l’absurde »
Aimé Kaniki : Vous jouez Grave ce samedi à Namur. Dans quel état d’esprit abordez-vous cette date ?
ilona : Namur est une ville importante dans mon parcours parce que c’est lié au concours que j’ai gagné là-bas. Le comedy club où je joue est lié au même organisme. Et puis ça fait quand même depuis septembre que je joue ce spectacle donc je suis contente de le présenter encore et d’avoir les retours du public. Après, selon les villes, le spectacle n’est pas reçu de la même façon. Namur, ce n’est pas Bruxelles, il y a une autre ambiance, une autre mentalité.
Depuis quelques années, beaucoup d’humoristes belges émergent en France. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Je pense que la Belgique a une vraie culture de l’absurde et surtout énormément de liberté dans la créativité. Bruxelles, par exemple, c’est une capitale avec une ambiance presque de petite ville. Il y a quelque chose de très libre dans l’expression artistique. Et je pense aussi qu’en Belgique, les humoristes sont très sincères dans ce qu’ils racontent. Il y a une vraie identité personnelle chez chacun.
Votre spectacle mélange humour, vulnérabilité et autodérision. Est-ce la version la plus sincère de vous-même sur scène ?
Oui, complètement. Et je pense que c’est ce qui donne une force au stand-up belge. Il y a énormément de vérité dans ce qu’on raconte. Ce n’est pas juste une suite de blagues qu’on pourrait mettre dans la bouche de n’importe qui. Chaque humoriste développe vraiment son univers et son identité.
« J’ai toujours été la golerie du groupe »
Dans Grave, vous transformez beaucoup d’échecs personnels ou universitaires en matière à faire rire. À quel moment avez-vous compris que cette fragilité pouvait devenir une force comique ?
Depuis toujours, je suis “la golerie du groupe”. À l’université, je faisais énormément de blagues sur mes échecs pendant que mes copines réussissaient leurs études. Ce sont d’ailleurs elles qui m’ont inscrite à mon premier open mic. Et je me suis rendu com pte que les gens riaient énormément parce qu’ils vivaient aussi ces galères-là. Les échecs, ça parle à tout le monde.
Vous dites souvent que la vulnérabilité est importante dans le stand-up actuel…
Oui, parce que le stand-up, c’est un peu comme le rap. Ça doit parler directement aux gens, presque en un contre un. Les gens doivent pouvoir se reconnaître dans ce que tu racontes. Et aujourd’hui, les humoristes assument davantage leurs vulnérabilités. Pa ul Mirabel, par exemple, a transformé sa fragilité en véritable force artistique.
Est-ce qu’il faut une forme d’audace particulière pour monter sur scène ?
Oui, clairement. Il faut un mélange d’audace et d’inconscience. Il faut accepter l’idée de bider parfois. Mais quand tu comprends que ce n’est pas toi personnellement qui prends un échec mais juste un personnage sur scène qui est en train d’apprendre, ça devient beaucoup plus simple.
« Radio Nova m’a offert une vraie liberté »
Depuis novembre 2025, vous êtes chroniqueuse dans La Riposte sur Radio Nova. Comment cette aventure a commencé ?
Au départ, j’avais accompagné une amie qui faisait sa première chronique. J’ai assisté à l’émission et, en sortant, les chroniqueurs sont venus me demander si j’avais envie d’écrire pour eux. Tout est allé très vite parce que j’étais arrivée à Paris seulem ent quelques semaines plus tôt. J’ai vraiment eu l’impression d’être au bon endroit au bon moment.
Avant Radio Nova, vous étiez déjà passée par Le Réveil de Tipik et la RTBF. Qu’est– ce qui change aujourd’hui avec La Riposte ?
À la RTBF, j’avais déjà fait des chroniques pendant deux saisons mais sur des sujets beaucoup plus légers. Sur Nova, j’ai beaucoup plus de liberté et je peux parler de thèmes engagés qui correspondent davantage à mes convictions. L’équipe est aussi très bienveillante, il y a une vraie ambiance de famille.
La radio est-elle plus difficile que la scène ?
C’est le même sport mais pas la même discipline. Sur scène, énormément de choses passent par le regard, les silences, les mimiques. À la radio, il faut penser autrement l’écriture parce que tout repose uniquement sur la voix et le rythme.
« Je veux devenir de plus en plus forte »
Vous semblez avoir une vision très claire de votre carrière…
Oui. Je travaille énormément. Je joue cinq à sept fois par soir, j’écris tous les jours. Je sais exactement où je veux aller : je veux devenir de plus en plus forte dans ce que je fais.
Est-ce que l’exposition médiatique actuelle vous impressionne parfois ?
Je suis prête à ce que ça explose un jour, mais je veux surtout être sûre de ce que je propose avant que ça arrive vraiment. Aujourd’hui, Grave continue encore de grandir. Je veux prendre le temps de travailler le spectacle à fond.
Vous pensez déjà à la suite ?
Le stand-up restera toujours mon activité principale parce que j’ai un amour inconditionnel pour cette discipline. Mais j’aimerais aussi faire du cinéma ou du doublage plus tard. Ce sont des univers qui m’attirent énormément.
Enfin, est-ce qu’être humoriste engagé aujourd’hui peut parfois fermer certaines portes ?
Oui, évidemment. Être sur Radio Nova, c’est déjà un positionnement. Ça ouvre certaines portes et ça en ferme d’autres. Mais ça me va très bien parce que je préfère être cohérente avec mes convictions plutôt que d’essayer de plaire à tout le monde.

Retrouvez ilona tous les lundis à 18h30 dans La Riposte sur Radio Nova aux côtés d’Akim Omiri, sur son compte Instagram ainsi que sur scène avec son spectacle Grave, à l’affiche de La Petite Loge Théâtre le mercredi 10 juin prochain au 2 rue La Bruyère, dans le 9e arrondissement de Paris.
Propos recueillis par Aimé Kaniki
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