Des physiciens du quantique tracent une ligne rouge face aux usages militaires
Des physiciens du quantique tracent une ligne rouge face aux usages militaires

Un texte bref, mais un signal fort. Le 13 janvier, des chercheurs spécialisés en théorie quantique ont publié un manifeste au titre sans détour, « Les scientifiques du quantique pour le désarmement », pour appeler leur communauté à refuser que leurs travaux servent la guerre, le contrôle des populations ou la surveillance. Au 16 mars, il avait déjà rassemblé plus de 300 signatures. Dans les laboratoires, le message se veut clair, la curiosité scientifique n’est pas un chèque en blanc.

Car le quantique, derrière ses équations élégantes, a ce goût persistant de « dualité » que pointent les signataires. Le calcul quantique nourrit les inquiétudes autour de la sécurité des communications, puisqu’il pourrait fragiliser certains systèmes de chiffrement à terme, tandis que la cryptographie post-quantique ou la distribution quantique de clés sont déjà étudiées pour des échanges sensibles. Et les capteurs quantiques, capables de mesures très fines, intéressent les armées pour des applications concrètes comme la navigation sans GPS ou des dispositifs de détection plus performants. Rien de théorique là-dedans, on parle de briques technologiques qui attirent forcément le renseignement.

La science à double tranchant, et le retour du vieux dilemme

Cette prise de position s’inscrit dans une longue mémoire de la recherche, quand le progrès rime parfois avec inquiétude morale. Dans les années 1950, le manifeste d’Albert Einstein et Bertrand Russell avait ouvert la voie au mouvement Pugwash contre la course aux armements nucléaires. En 1970, le mathématicien Alexander Grothendieck avait claqué la porte de l’Institut des hautes études scientifiques, jugeant qu’une part de son financement avait une origine militaire. Le quantique ne fait que raviver une question ancienne, jusqu’où un chercheur reste-t-il responsable de l’usage de ses découvertes.

L’actualité récente de l’intelligence artificielle a remis de l’huile sur le feu, avec des débats sur l’identification de cibles et la traque automatisée dans des contextes de conflit. Le Monde cite la démission, le 7 mars, de Caitlin Kalinowski, alors responsable de la robotique chez OpenAI, qui a expliqué ne pas vouloir cautionner un accord avec le département de la défense américain et a dénoncé le recours à des armes létales autonomes sans autorisation humaine. Dans ce climat, le quantique apparaît comme la prochaine frontière, moins visible pour le grand public mais tout aussi stratégique.

En France aussi, la montée en puissance des programmes publics sur le quantique pousse à regarder de près les financements, la diffusion des résultats et la place des partenariats avec la défense. Les signataires du manifeste ne prétendent pas arrêter la marche du monde, ils tentent d’installer une règle du jeu, une forme de garde-fou éthique avant que les verrous ne sautent. Reste une perspective qui s’impose, celle d’une recherche sommée de choisir ses alliances à mesure que ses découvertes quittent les tableaux noirs pour entrer dans le réel.

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