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Gisèle Pelicot en première ligne dans une campagne nationale contre la soumission chimique: «Il y a des crimes que l’on ne peut pas raconter»

Gisèle Pelicot en première ligne dans une campagne nationale contre la soumission chimique: «Il y a des crimes que l’on ne peut pas raconter»
Gisèle Pelicot en première ligne dans une campagne nationale contre la soumission chimique: «Il y a des crimes que l’on ne peut pas raconter»

Gisèle Pelicot prête son visage à une vaste campagne nationale de sensibilisation à la soumission chimique lancée ce lundi 28 septembre. Portée par l’association M’endors pas, fondée par sa fille Caroline Darian, l’initiative veut mieux faire connaître ce mode opératoire qui consiste à administrer une substance psychoactive à une personne, à son insu ou sous la contrainte, afin de commettre un délit ou un crime.

La campagne repose sur une phrase qui résume l’une des difficultés auxquelles sont confrontées les victimes : « Il y a des crimes que l’on ne peut pas raconter, parce qu’on ne s’en souvient pas. » Elle sera diffusée jusqu’au 18 octobre à la télévision, dans la presse, sur les réseaux sociaux et sur des panneaux d’affichage dans les grandes villes.

Gisèle Pelicot apparaît à la fin du film de sensibilisation

Le film réalisé pour cette campagne met en scène plusieurs personnes installées dans un studio. Elles sont invitées à raconter ce qui s’est passé avec un beau-père, un compagnon ou encore un collègue. Mais elles ne parviennent pas à répondre, confrontées à l’absence de souvenirs provoquée par les substances qui leur ont été administrées.

C’est alors qu’apparaît le message « Il y a des crimes que l’on ne peut pas raconter, parce qu’on ne s’en souvient pas ». Dans la dernière partie du film, Gisèle Pelicot prend elle-même la parole et invite les personnes qui pensent avoir été victimes à se rapprocher du Centre de référence sur les agressions facilitées par les substances.

Son engagement fait directement écho à l’affaire des viols de Mazan et au parcours judiciaire de Gisèle Pelicot. Pendant des années, Dominique Pelicot a administré des médicaments à son épouse afin de la rendre inconsciente, avant de la violer et de la livrer à des hommes recrutés sur Internet. Il a été condamné en décembre 2024 à 20 ans de réclusion criminelle.

Caroline Darian veut pousser les victimes à rechercher des traces

À l’origine de la campagne, Caroline Darian insiste sur une difficulté propre à la soumission chimique : une victime peut ne conserver aucun souvenir précis de ce qu’elle a subi. Cette absence de mémoire ne signifie toutefois pas qu’aucun élément matériel ne puisse être retrouvé.

La fondatrice de M’endors pas explique : « Le message qu’on veut faire passer, c’est que si vous avez un doute, il faut investiguer. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas de souvenir qu’il n’y a pas de traces. »

Caroline Darian connaît personnellement cette problématique. La fille de Gisèle et Dominique Pelicot a elle-même engagé une procédure contre son père, après la découverte de photographies la montrant inconsciente. Elle affirme avoir elle aussi été victime de soumission chimique.

Des pertes de mémoire qui compliquent l’identification des violences

La soumission chimique peut être réalisée au moyen de médicaments ou d’autres substances psychoactives. Les effets recherchés peuvent comprendre la somnolence, la confusion, une altération de la vigilance et des pertes de mémoire. L’objectif de l’auteur est de réduire les capacités de défense de la victime et, dans certains cas, de rendre plus difficile la reconstitution ultérieure des faits.

C’est précisément cette amnésie que la nouvelle campagne cherche à mettre en évidence. Caroline Darian décrit ainsi les conséquences pour les victimes : « La soumission chimique, c’est se faire voler une part de son histoire. »

Le dispositif de prise en charge commence parallèlement à évoluer. Depuis le 1er janvier 2026, une expérimentation permet notamment la prise en charge par l’Assurance maladie de certains examens destinés à rechercher une soumission chimique en Île-de-France, dans les Hauts-de-France et les Pays de la Loire. Ces analyses peuvent être réalisées même en l’absence de dépôt de plainte préalable.

L’affaire de Mazan a placé la soumission chimique au cœur du débat public

Le procès des viols de Mazan a donné une visibilité considérable à ce type de criminalité. Gisèle Pelicot avait été droguée à son insu pendant plusieurs années et ne conservait pas de souvenirs des agressions commises lorsqu’elle était inconsciente. L’enquête avait notamment pu progresser grâce aux fichiers retrouvés par les policiers sur le matériel informatique de Dominique Pelicot. Les policiers à l’origine de la découverte de l’affaire ont depuis été décorés pour leur travail d’enquête.

Devenue une figure internationale de la lutte contre les violences sexuelles, Gisèle Pelicot avait ensuite raconté son parcours dans Et la joie de vivre. Son livre a dépassé les 100.000 exemplaires vendus en France.

Avec cette nouvelle campagne, Gisèle Pelicot et Caroline Darian veulent désormais attirer l’attention sur les victimes qui, précisément parce qu’elles ne se souviennent pas des faits, peuvent ignorer pendant longtemps qu’elles ont subi une agression. La campagne nationale restera visible jusqu’au 18 octobre.

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