L’ancienne première ministre bangladaise Sheikh Hasina a déclaré depuis New Delhi qu’elle comptait retourner dans son pays en décembre, malgré une condamnation à mort prononcée contre elle par un tribunal spécial de Dacca.
C’est via une liaison audio, depuis la capitale indienne, que Sheikh Hasina a brisé le silence. La dirigeante de 78 ans, renversée en août 2024 après quinze ans au pouvoir, s’est exprimée pour la première fois devant des journalistes au Foreign Correspondents’ Club de Delhi, deux ans jour pour jour après sa chute. « Je sais qu’ils peuvent m’emprisonner ou me tuer, n’importe quoi peut arriver, mais je dois rentrer », a-t-elle déclaré.
Hasina a fui le Bangladesh en juillet 2024, alors que des dizaines de milliers de manifestants envahissaient les rues de Dacca et prenaient d’assaut sa résidence officielle. Ce qui avait commencé comme un mouvement étudiant contre les quotas dans la fonction publique s’était transformé en soulèvement populaire. L’ONU estime que jusqu’à 1 400 personnes ont été tuées durant ces événements, la plupart par des tirs des forces de sécurité.
Jugée par contumace, elle a été condamnée à mort l’an dernier par un tribunal spécial pour crimes contre l’humanité, accusée d’avoir ordonné l’usage de la force létale contre les manifestants. Une conversation téléphonique, dont l’authenticité a été vérifiée, dans laquelle on l’entend autoriser la répression meurtrière, a constitué une pièce centrale du dossier des procureurs. Hasina rejette ces accusations, les qualifiant de politiquement motivées, sans avoir fourni de preuves à l’appui de ses propres allégations selon lesquelles plusieurs organisations auraient transformé les protestations en « mouvement violent ».
Sa présence en Inde empoisonne les relations entre New Delhi et Dacca. Le gouvernement bangladais réclame son extradition, une demande que l’Inde dit examiner. Après son intervention médiatique, les autorités bangladaises ont exprimé leur « indignation » que l’Inde ait permis une telle prise de parole publique. Le gouvernement du Premier ministre Tarique Rahman avait d’ailleurs prévenu les médias locaux de ne pas relayer ses propos.
Le retour annoncé comporte des risques considérables. « Si elle rentre au Bangladesh, elle sera immédiatement arrêtée », prévient David Bergman, analyste basé à Dacca. Des partisans du Parti nationaliste bangladais au pouvoir, du Parti des citoyens nationaux issu du mouvement étudiant, ainsi que des groupes islamistes pourraient organiser des rassemblements pour réclamer l’exécution de la sentence.
Mais l’inaction a aussi un coût. La Ligue Awami, son parti, a été interdite d’activité après sa fuite et n’a pas pu participer aux élections générales de février. Des responsables du parti affirment que des centaines de militants ont été tués dans des violences et que des dizaines sont morts en détention, des accusations que Dacca réfute. « Si Mme Hasina ne rentre pas, la violence continuera et ils extermineront la Ligue Awami », a averti Mohammad Ali Arafat, ancien ministre de son gouvernement, lui aussi réfugié à l’étranger. Pour Bergman, le calcul est simple : « Si elle veut rester un acteur de la politique bangladaise, elle doit rentrer et y faire face. »
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