Le gouvernement américain a approuvé la vente de fusils de précision à une unité d’élite de la police de Rio de Janeiro, malgré les avertissements de diplomates sur son lourd bilan en matière de droits humains. Cette unité, connue sous le nom de BOPE, a mené la semaine dernière une opération qui a fait 121 morts, l’une des plus meurtrières de l’histoire récente du Brésil.
Selon des documents consultés par Reuters, la vente portant sur 20 fusils de la société américaine Daniel Defense a été autorisée en 2023, en dépit des objections de l’ambassadrice des États-Unis au Brésil, Elizabeth Bagley, et de plusieurs diplomates du département d’État. Ces derniers avaient mis en garde contre le risque que ces armes soient utilisées dans des exécutions extrajudiciaires.
Le BOPE, unité d’intervention spécialisée dans la lutte contre le trafic de drogue, est tristement célèbre au Brésil pour ses opérations violentes dans les favelas. En 2024, elle a été tenue pour responsable de plus de 700 morts, selon le Forum brésilien de sécurité publique. Si rien ne prouve que les fusils américains aient été employés lors du raid récent, leur livraison assortie de silencieux produits par la société Griffin Armament a suscité une vive controverse à Washington.
Certains diplomates affirment que la décision d’autoriser la vente a été fortement soutenue par Ricardo Pita, alors conseiller du Congrès américain, aujourd’hui haut responsable au département d’État chargé des affaires latino-américaines. D’après plusieurs sources, Pita aurait fait pression pour que la transaction soit approuvée, malgré les réserves internes.
Une note confidentielle du département d’État datée de janvier 2024 qualifiait le BOPE de « l’une des unités les plus tristement célèbres du Brésil pour les meurtres de civils ». Elle rappelait notamment sa responsabilité présumée dans le « massacre de Vila Cruzeiro » en 2022, au cours duquel 23 personnes avaient été tuées.
L’opération récente à Rio, qui a fait 121 morts, a ravivé les critiques des ONG et des experts de l’ONU, qui dénoncent un usage excessif de la force et des violations systématiques des droits humains. Toutefois, une majorité de Brésiliens environ 55 % selon un sondage AtlasIntel approuvent l’action de la police, fatigués par la montée des violences des gangs.
Cette affaire met en lumière les contradictions de la politique américaine en Amérique latine : Washington se présente comme un défenseur des droits humains, tout en continuant à armer certaines forces de sécurité accusées d’abus. Pour de nombreux observateurs, elle illustre la tension persistante entre les impératifs stratégiques et les principes éthiques dans la diplomatie américaine.