Neuf mois après son arrivée au pouvoir, le président syrien Ahmed al-Sharaa a engrangé des succès diplomatiques notables à l’étranger, mais il se heurte à une épreuve cruciale à l’intérieur : maintenir l’unité d’un pays encore profondément fragmenté après 14 années de guerre civile.
Dans le nord-est, les forces kurdes refusent toute intégration dans l’État central sans l’adoption d’une nouvelle constitution reconnaissant leurs droits. Plus au sud, dans la région de Sweida, la communauté druze appelle ouvertement à l’indépendance après de violents affrontements avec l’armée.
Les tensions gagnent également le nord-ouest, où des représentants de la minorité alaouite redoutent pour leur survie après un massacre de civils attribué à des milices sunnites alliées au gouvernement. Selon plusieurs habitants interrogés par Reuters, la politique islamiste de l’administration Sharaa alimente la méfiance des minorités chrétiennes, druzes et alaouites.
« Comment faire confiance à un État qui retourne ses chars contre son propre peuple ? », s’interroge un père de famille druze de Sweida, rappelant les combats meurtriers de juillet entre forces gouvernementales et milices locales.
Le chef spirituel druze Sheikh Hikmat al-Hajari est allé plus loin fin août, appelant publiquement à l’indépendance et accusant les forces bédouines pro-gouvernementales de vouloir « éliminer » sa communauté. Ses déclarations sont venues accentuer la crainte d’une partition du pays.
Alors que Sharaa promet de gouverner pour « tous les Syriens », le climat de violences confessionnelles menace de réduire à néant ses efforts pour donner une image d’homme d’État rassembleur. L’avenir immédiat de la Syrie semble suspendu à sa capacité à apaiser ces fractures internes.