WASHINGTON — Confronté à une série de fuites embarrassantes depuis sa nomination, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a annoncé vendredi soir une série de restrictions sévères à l’égard de la presse accréditée au Pentagone, limitant l’accès des journalistes à plusieurs zones clés du bâtiment, autrefois accessibles sans escorte.
Dans une note diffusée sur X en fin de journée, juste avant le week-end du Memorial Day, Hegseth — ancien commentateur de Fox News — a justifié ces mesures par des impératifs de sécurité nationale. « Le ministère reste attaché à la transparence, mais il a également l’obligation de protéger les informations sensibles, dont la divulgation non autorisée pourrait mettre en danger la vie de nos militaires », a-t-il écrit.
Les nouvelles restrictions interdisent aux journalistes d’accéder sans accompagnement à des zones autrefois ouvertes, notamment les bureaux des différentes branches de l’armée (Armée de Terre, Air Force, Marine, Marines, Space Force), ceux du secrétaire lui-même et de ses plus proches collaborateurs. L’accès aux bureaux des chefs d’état-major, dont celui du général Dan Caine, président du Joint Chiefs of Staff, est désormais soumis à l’approbation personnelle de Hegseth.
La Pentagon Press Association a vivement dénoncé ces mesures, qu’elle juge être une attaque directe contre la liberté de la presse. « Il n’y a pas moyen d’édulcorer cela. Le mémo d’aujourd’hui du secrétaire Hegseth semble être une attaque frontale contre le droit des Américains de savoir ce que fait leur armée », a déclaré l’association dans un communiqué, soulignant l’impact sur les journalistes accrédités qui se voient désormais restreints dans des couloirs non classifiés.
En plus des restrictions physiques, les journalistes devront signer un formulaire de confidentialité et porter un nouveau badge les identifiant clairement comme membres de la presse. Il reste incertain si la signature de ce formulaire sera une condition pour conserver leur accréditation.
Cette décision intervient dans un contexte de méfiance croissante envers les médias sous l’administration Trump. Deux incidents récents ont alimenté la frustration de Hegseth : d’abord une fuite dans The New York Times révélant qu’Elon Musk devait recevoir un briefing confidentiel sur les plans militaires en cas de guerre avec la Chine — un briefing finalement annulé par Trump. Ensuite, l’inclusion accidentelle de Jeffrey Goldberg (The Atlantic) dans un groupe Signal où étaient discutées des frappes à venir au Yémen. Cet incident a entraîné le déplacement de l’ex-conseiller à la sécurité nationale Mike Waltz.
Depuis janvier, plusieurs signaux témoignent d’un durcissement des relations entre le gouvernement et les médias : procédures de la FCC contre ABC, CBS et NBC, exclusion de l’Associated Press de certains événements à la Maison Blanche — affaire actuellement portée devant les tribunaux — et réduction des espaces de travail réservés à des organes de presse comme CNN, NBC, The Washington Post et The New York Times.
Malgré une présence médiatique accrue du président Trump — plus fréquente que celle de ses six prédécesseurs lors de ses 100 premiers jours — Hegseth, lui, s’est montré discret. Il n’a encore jamais tenu de conférence de presse dans la salle dédiée du Pentagone. Son porte-parole, Sean Parnell, n’a quant à lui organisé qu’un seul briefing officiel depuis le 20 janvier.
Ces nouvelles restrictions marquent un tournant dans la relation déjà tendue entre le Pentagone et la presse, soulevant des inquiétudes sur l’ampleur de l’opacité imposée à une institution historiquement soumise au contrôle démocratique.