Les journalistes des Maldives ont annoncé jeudi leur intention de saisir la Cour suprême pour contester une nouvelle loi sur la régulation des médias, qu’ils considèrent comme une tentative du gouvernement d’étouffer la liberté de la presse. L’Association des journalistes des Maldives (MJA) estime que le texte impose des restrictions disproportionnées et des sanctions financières lourdes aux professionnels du secteur.
La loi, baptisée « Projet de loi sur la réglementation des médias et de la radiodiffusion aux Maldives », a été promulguée le même jour par le président Mohamed Muizzu. Elle prévoit la création d’une « Commission des médias et de la radiodiffusion aux Maldives », composée de sept membres dotés de larges prérogatives.
Selon la MJA, cette commission pourra suspendre les enregistrements des médias dans le cadre d’enquêtes, bloquer des sites d’information, interrompre des diffusions et surveiller les réseaux sociaux. Les journalistes s’inquiètent également du pouvoir d’infliger des amendes allant de 5 000 à 25 000 rufiyaa maldiviennes (325 à 1 620 dollars) aux individus, et jusqu’à 100 000 MVR (environ 6 500 dollars) aux entreprises médiatiques.
La composition de l’instance alimente également la controverse. Trois de ses membres, dont le président, seront directement nommés par le chef de l’État, tandis que le Parlement pourra révoquer ceux désignés par les médias eux-mêmes. Pour la MJA, cette structure place de facto les organes d’information sous un contrôle gouvernemental.
De son côté, le gouvernement défend la réforme en expliquant qu’elle vise à unifier la surveillance du paysage médiatique et à établir des normes communes pour l’ensemble du secteur. Mais les critiques estiment que cette initiative risque au contraire de réduire l’indépendance des médias dans l’archipel.
La bataille juridique qui s’ouvre devant la plus haute juridiction du pays pourrait ainsi devenir un test majeur pour l’avenir de la liberté de la presse aux Maldives, où les journalistes disent déjà travailler dans un climat de pressions croissantes.